Illus­tra­tions

Au sein du sys­tème de Tycho Bra­hé, l’astre du jour béné­fi­cie, comme la Terre, d’une cen­tra­li­té géo­mé­trique. Tou­te­fois, celle‐ci n’est valable que par rap­port à cer­tains astres (à droite) et non, comme c’est le cas pour notre pla­nète, par rap­port à la sphère des fixes (à gauche).

Réfé­rences

Stof­fel (Jean‐François), « Qui choi­si­rait de poser ce flam­beau dans un lieu autre ou meilleur que celui d’où il peut illu­mi­ner le tout simul­ta­né­ment ?» : exa­men de la per­ti­nence d’un argu­ment coper­ni­cien de conve­nance, in Revue des ques­tions scien­ti­fiques, vol. 189, 2018, n°4, pp. 409 – 458.

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« Qui choisirait de poser ce flambeau
dans un lieu autre ou meilleur que celui d’où il peut illuminer le tout simultanément ?»

Examen de la pertinence d’un argument copernicien de convenance

Résu­mé

Dans ce qui est sans doute le pas­sage le plus célèbre du « De revo­lu­tio­ni­bus », Coper­nic laisse entendre qu’il ne se trou­ve­ra per­sonne pour posi­tion­ner ce flam­beau par excel­lence qu’est le Soleil dans un autre ou meilleur endroit que celui à par­tir duquel il peut illu­mi­ner le tout simul­ta­né­ment, à savoir le centre de ce temple suprê­me­ment beau qu’est le monde. S’il laisse une tour­nure inter­ro­ga­tive à cet argu­ment de conve­nance et s’il l’énonce sans jus­ti­fi­ca­tion aucune tant il lui paraît rele­ver de l’évidence, cer­tains Coper­ni­ciens l’illustreront par une ana­lo­gie : si, effec­ti­ve­ment, telle doit être la posi­tion du Soleil, c’est parce qu’il convient de pla­cer au centre de la pièce, et non dans un de ses coins, le flam­beau des­ti­né à l’éclairer. En dépit de l’héliosophie de la Renais­sance par­ta­gée aus­si bien par des géo­cen­tristes que par des Coper­ni­ciens, cet argu­ment du flam­beau ne semble pas avoir connu un grand suc­cès : peu repris par le camp des Coper­ni­ciens, il sera même contes­té par cer­tains d’entre eux ; quant aux géo­cen­tristes, il n’exercera aucun attrait sur eux. Cet argu­ment de conve­nance n’aurait-il donc pas joui de cette évi­dence que lui attri­buait Coper­nic et que, dans son sillage, bien des com­men­ta­teurs conti­nuent à lui octroyer ? Comme c’est sou­vent le cas dans l’histoire de la pen­sée, la pseudo‐évidence de cet argu­ment n’est que le fruit d’un ana­chro­nisme cou­pable : pré­sen­ter l’héliocentrisme comme le sys­tème cos­mo­lo­gique qui vient enfin accor­der au Soleil une cen­tra­li­té digne de lui en le pla­çant au centre de la pièce et non dans un coin, c’est igno­rer que l’astre du jour jouis­sait déjà, dans le géo­cen­trisme, d’une cen­tra­li­té jugée en par­faite adé­qua­tion tant avec sa digni­té qu’avec la fonc­tion illu­mi­na­tive qui est la sienne. Ayant per­du la connais­sance de cette vision du monde qui n’est plus la leur, les Coper­ni­ciens ont donc pro­duit un argu­ment qui, pour les géo­cen­tristes, est sans valeur. Pour­tant, ils auraient pu faire valoir la supé­rio­ri­té objec­tive de leur cen­tra­li­té par rap­port à celle qu’accorde au Soleil le géo­cen­trisme : alors que la seconde n’est que numé­rique, d’ampleur seule­ment pla­né­taire, et pour tout dire fic­tive, la pre­mière est véri­ta­ble­ment spa­tiale, d’envergure cos­mique et, du moins en pre­mière approxi­ma­tion, bien réelle. Pour pro­duire des argu­ments de conve­nance qui portent, les pro­ta­go­nistes de la nou­velle cos­mo­lo­gie auraient donc eu inté­rêt à mieux connaitre la vision du monde de leurs adver­saires au lieu de s’adresser à eux en réflé­chis­sant à par­tir de la leur ; pour ne pas prendre pour une évi­dence indis­cu­table ce qui n’est évident que pour un des deux camps en pré­sence, les his­to­riens de la pen­sée scien­ti­fique feraient bien, eux aus­si, de mieux connaître la vision du monde de ceux que l’histoire consi­dère désor­mais comme les vaincus ! 

Abs­tract

In what is quite pos­si­bly the most famous pas­sage of the « De revo­lu­tio­ni­bus », Coper­ni­cus implies that nobo­dy could ever place this supreme fla­ming torch that is the Sun in ano­ther or bet­ter place than that from which it can illu­mi­nate eve­ry­thing simul­ta­neous­ly, name­ly the centre of this extre­me­ly beau­ti­ful temple that is our world. Consi­de­ring the fact that he leaves an inter­ro­ga­to­ry twist to this argu­ment of conve­nience, and since he makes this sta­te­ment without any jus­ti­fi­ca­tion as it seems enti­re­ly evident to him, cer­tain Coper­ni­cans choose to illus­trate this by means of an ana­lo­gy : if indeed the Sun must be posi­tio­ned thus, it is because the most appro­priate place for the torch inten­ded to illu­mi­nate the room is at its centre, and not in one of its cor­ners. Des­pite the helio­so­phy of the Renais­sance having been sha­red by both geo­cen­trists and Coper­ni­cans alike, this « torch » argu­ment does not appear to have achie­ved much suc­cess : rare­ly adop­ted by the Coper­ni­can camp, it was even contes­ted by some of them ; as for the geo­cen­trists, it held no appeal for them what­soe­ver. Did this argu­ment of conve­nience the­re­fore not bene­fit from the self‐evidence attri­bu­ted to it by Coper­ni­cus, and from, in his wake, it’s conti­nued sup­port by a good many com­men­ta­tors ? As is often the case when it comes to the his­to­ry of thought, the pseudo‐obviousness of this argu­ment is mere­ly the fruit of a bla­tant ana­chro­nism : pre­sen­ting helio­cen­trism as the cos­mo­lo­gi­cal sys­tem that final­ly grants the Sun its wor­thy cen­tra­li­ty by pla­cing it in the centre of the room and not in a cor­ner, is to ignore the fact that this star of the day alrea­dy enjoyed, in geo­cen­trism, a cen­tra­li­ty estee­med to be per­fect­ly in kee­ping with both its digni­ty and its inherent illu­mi­na­tive func­tion. Having lost their grasp on this world­view that no lon­ger belon­ged to them, the Coper­ni­cans thus put for­ward an argu­ment which, for the geo­cen­trists, is worth­less. Yet they could have argued the objec­tive super­io­ri­ty of their cen­tra­li­ty over that accor­ded to the Sun by geo­cen­trism : while the lat­ter is only nume­ri­cal, on a pure­ly pla­ne­ta­ry scale, and frank­ly fic­ti­tious, the for­mer is tho­rough­ly spa­tial, of cos­mic pro­por­tions and, at least on first approxi­ma­tion, very real. In order to pro­duce argu­ments of conve­nience that could car­ry their own weight, the pro­ta­go­nists of the new cos­mo­lo­gy would have bene­fi­ted from get­ting to know the world vision of their adver­sa­ries a lit­tle bet­ter ins­tead of addres­sing them from their own point of view ; simi­lar­ly, ins­tead of trea­ting as an obvious fact that which is only evident to one of the two par­ties present, his­to­rians of scien­ti­fic thought would also be well advi­sed to have a bet­ter unders­tan­ding of the world vision of those who his­to­ry now consi­ders as the losers !