Livre analysé
Références
Stoffel (Jean‐François), Compte rendu de P. Rossi, « La naissance de la science moderne en Europe » et St. Shapin, « La révolution scientifique », in Revue des questions scientifiques, vol. 171, 2000, n°3, pp. 283 – 284.
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Paolo Rossi
La naissance de la science moderne en Europe
Steven Shapin
La révolution scientifique
Rossi (Paolo), La naissance de la science moderne en Europe / traduit de l’italien par Patrick Vighetti ; préface de Jacques Le Goff. – Un vol. de 407 pages (13,5 x 21,5) – Paris : Éditions du Seuil, 1999. – (Faire l’Europe). – Broché : FF 170. – ISBN : 2−02−022974−9.
Shapin (Steven), La révolution scientifique / traduit de l’anglais par Claire Larsonneur. – Un vol. de 260 pages (13,5 x 22). – [Paris] : Flammarion, 1998. – (Nouvelle bibliothèque scientifique). – Broché : FF 135. – ISBN : 2−08−211234−9.
Ces deux ouvrages, qui sont consacrés à la science moderne et qui visent un même public, diffèrent cependant profondément tant par leur contenu que par leur approche. Celui de P. Rossi, sans aucunement être un « simple manuel » (mais il en a, comme celui de Shapin, la clarté), constitue une très heureuse synthèse de cette science moderne qui nous conduit de la Renaissance à Newton. Il y sera donc question, classiquement, de la nouvelle cosmologie, de Galilée, de Descartes, de la multiplicité des mondes, des âges de la Terre, et bien sûr de Newton. Mais cet historien renommé a trop le sens de la complexité de l’histoire et a trop mené une réflexion méthodologique personnelle que pour s’en tenir à de tels sujets, aussi incontournables soient‐ils. Aussi, après avoir clairement énoncé ses thèses (il revendique notamment l’existence d’une forte discontinuité entre la tradition scientifique médiévale et la science moderne) et explicité ses choix, il prendra la peine de dresser la liste des obstacles dont il fallait se défaire, avant d’également consacrer des chapitres aux ingénieurs, à la philosophie mécanique (très réussi), à la philosophie chimique, à la philosophie magnétique, aux instruments et aux académies… Véritable tour d’horizon, c’est donc l’éventail des domaines couverts, et ce avec un égal bonheur, qui fait la force et l’intérêt de ce livre.
Dans La révolution scientifique (mais remarquons bien que l’auteur ne croit précisément pas à l’existence d’une telle révolution !), St. Shapin articule son propos de manière originale autour de trois questions : que connaissait‐on ? (on y trouve, présentée d’une façon très condensée, la matière qui est sensée être celle des histoires « classiques ») ; comment le savoir était‐il acquis ? (une analyse de l’expérimentation et de la production des faits expérimentaux, qui, tout en évoquant beaucoup « l’expérience cruciale », ne semble pas s’interroger sur ses conditions de possibilité) ; et enfin, à quoi le savoir était‐il destiné ? (la partie qui devrait apparaître comme la plus originale par rapport aux récits « traditionnels »). Il en résulte un texte court et alerte qui, bien souvent, paraîtra plus spéculatif, plus suggestif et plus original — voire plus dérangeant — que celui de P. Rossi. C’est que, précisément, M. Shapin n’est pas M. Rossi ! Professeur de sociologie ayant une prédilection pour les sciences empiriques et expérimentales et, bien naturellement, pour les sources anglaises, St. Shapin a tout pour surprendre le lecteur francophone formé à l’école des Duhem, des Meyerson ou des Koyré : quand nous pensons à Platon et à Descartes, il songe à Bacon et à Locke ; quand, ouvrant le chapitre sur l’acquisition du savoir, nous nous attendons à trouver le « mente concipio » de Galilée, il nous entretient de Boyle ! Ce livre a donc tous les attraits d’un vrai dépaysement.
Selon le but poursuivi, le lecteur ouvrira donc le livre de Rossi ou celui de Shapin, ou mieux : les deux ! Car, complémentaires, tous les deux sont dignes de retenir son attention.
Dans La révolution scientifique (mais remarquons bien que l’auteur ne croit précisément pas à l’existence d’une telle révolution !), St. Shapin articule son propos de manière originale autour de trois questions : que connaissait‐on ? (on y trouve, présentée d’une façon très condensée, la matière qui est sensée être celle des histoires « classiques ») ; comment le savoir était‐il acquis ? (une analyse de l’expérimentation et de la production des faits expérimentaux, qui, tout en évoquant beaucoup « l’expérience cruciale », ne semble pas s’interroger sur ses conditions de possibilité) ; et enfin, à quoi le savoir était‐il destiné ? (la partie qui devrait apparaître comme la plus originale par rapport aux récits « traditionnels »). Il en résulte un texte court et alerte qui, bien souvent, paraîtra plus spéculatif, plus suggestif et plus original — voire plus dérangeant — que celui de P. Rossi. C’est que, précisément, M. Shapin n’est pas M. Rossi ! Professeur de sociologie ayant une prédilection pour les sciences empiriques et expérimentales et, bien naturellement, pour les sources anglaises, St. Shapin a tout pour surprendre le lecteur francophone formé à l’école des Duhem, des Meyerson ou des Koyré : quand nous pensons à Platon et à Descartes, il songe à Bacon et à Locke ; quand, ouvrant le chapitre sur l’acquisition du savoir, nous nous attendons à trouver le « mente concipio » de Galilée, il nous entretient de Boyle ! Ce livre a donc tous les attraits d’un vrai dépaysement.
Selon le but poursuivi, le lecteur ouvrira donc le livre de Rossi ou celui de Shapin, ou mieux : les deux ! Car, complémentaires, tous les deux sont dignes de retenir son attention.
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