Livre analysé
Références
Stoffel (Jean‐François), Compte rendu de J.-M. Maldamé, « Science et foi en quête d’unité : discours scientifiques et discours théologiques », in Revue d’histoire ecclésiastique, vol. 109, 2014, n°3 – 4, pp. 929 – 930.
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Jean‑Michel Maldamé
Science et foi en quête d’unité
Discours scientifiques et discours théologiques
Maldamé (Jean‑Michel), Science et foi en quête d’unité : discours scientifiques et discours théologiques. – Paris : Les éditions du Cerf, 2003. – 358 p. – (Théologies).
À l’heure où certains livres « grand public », jouant sur une ambiguïté permanente, font croire à leurs lecteurs qu’ils vont leur découvrir le visage, voire même la pensée de ce Dieu qui se tapit « avant » le Big Bang ; où un créationnisme, témoignant d’une attitude frileuse et d’un repli identitaire, s’infiltre même en Europe ; où 18% des élèves francophones belges achevant le cycle de leurs études secondaires rejette des contenus scientifiques, comme la théorie darwinienne de l’évolution, au nom de conceptions religieuses fidéistes ou concordistes (cf. J.-L. Wolfs, Sciences, religions et identités culturelles, 2013), ce livre n’a rien perdu ni de son actualité ni de son utilité, du moins pour ceux qui ne trouvent pas leur intérêt dans le maintien de la confusion, des amalgames et des malentendus ! Entre discours scientifiques et discours théologiques (remarquons dès à présent la reconnaissance d’une « diversité extrême » au sein des discours théologiques que signale l’usage de ce pluriel !), l’auteur prône non pas l’indifférence — ce « chacun chez soi » encore défendu récemment par Jay Gould au nom d’une sorte d’armistice, mais qui se paie, chez les savants, au prix fort d’une schizophrénie entre leurs convictions personnelles et leur pratique professionnelle de la science —, non pas une hiérarchisation entre les discours — cette attitude longtemps de mise, mais qui, nous en avons fait la douloureuse expérience, conduit inévitablement à des conflits puisqu’elle suppose de déterminer qui, de la science ou de la théologie, a le droit d’exercer sa suprématie sur l’autre —, mais bien un dialogue respectueux des spécificités de chacun. Toutefois, plus que comme une analyse des avantages et des inconvénients propres aux différentes manières de concevoir les rapports entre discours scientifiques et théologiques — un tel travail a déjà été excellemment mené par D. Lambert (Sciences et théologie : les figures d’un dialogue, 1999) —, il nous plaît de présenter cet ouvrage comme un véritable plaidoyer en faveur d’une manière bien particulière de concevoir le discours théologique (on voit maintenant prendre sens le pluriel que nous avons fait remarquer), de sorte que les deux ouvrages, celui de D. Lambert et celui de J.-M. Maldamé, nous apparaissent comme tout à fait complémentaires. Si les deux auteurs prônent évidemment le dialogue, Maldamé poursuit l’enquête en insistant sur tout ce qu’un tel choix suppose, car un dialogue n’est authentique que si les discours scientifiques et théologiques acceptent de se modifier les uns les autres en « corrélation réciproque », ce qui suppose une attitude d’accueil et de confiance envers l’autre qui, comme nous l’avons rappelé en commençant, est loin d’être naturelle ou évidente. Aussi, au fil de l’histoire, depuis l’évocation de la figure idéale de Salomon et du Livre de la Sagesse jusqu’aux neurosciences, l’auteur invite, scientifiques et théologiens, non seulement à prendre conscience de la dimension historique de leur savoir — car celui‐ci est toujours lié aux connaissances du temps qui, n’ayant qu’un temps, sont bientôt remplacées par d’autres —, mais aussi et surtout à considérer ces changements (il y a des changements de paradigme en théologie aussi, écrit‐il) non pas comme l’indice d’une moindre valeur par rapport à un savoir qui, lui, aurait la chance d’être immuable et intemporel, mais comme des opportunités, pour les deux parties concernées, de mieux faire apparaître leur vérité : le développement scientifique précise de plus en plus l’exigence de rationalité et oblige ainsi la théologie à toujours plus de rigueur et les débats théologiques influent indirectement sur les fondements de la science, par exemple en désacralisant le monde. Comment ne pas penser ici à cette parole de Jean‐Paul II, que (sauf erreur de notre part) l’auteur ne cite pas, mais qui appuie et illustre merveilleusement, nous semble‐t‐il, son propos : « la science peut purifier la religion de l’erreur et de la superstition ; la religion peut purifier la science de l’idolâtrie et des faux absolus ». Qu’il s’agisse du modèle cosmologique avec singularité initiale, qui invite, dans un contexte inédit, à mieux distinguer commencement physique et origine métaphysique ; de la théorie de l’évolution, qui contraint à davantage préciser ce qui fait la singularité et la transcendance de l’homme ; ou encore de la physique quantique, qui a attiré l’attention de certains scientifiques sur des perspectives religieuses, comme la mystique, tenues à distance par le rationalisme classique, l’auteur en donne, tout au long de l’histoire, de nombreux exemples. Certes, cette recension n’a pas fourni au lecteur une idée du riche contenu de ce livre. Elle a cependant tenté de saluer, contre cette peur de la nouveauté dont nous n’avons que trop d’exemples en période de crise spirituelle, cette attitude confiante qui appréhende les théories scientifiques comme autant de défis potentiels pour arriver à encore mieux penser et dire la grandeur de l’homme et ainsi innover… en retrouvant bien souvent un aspect, provisoirement occulté, de la riche tradition chrétienne.
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