Livre analysé
Références
Stoffel (Jean‐François), Compte rendu de M. Vesel, « Copernicus, Platonist Astronomer‐Philosopher : Cosmic Order, the Movement of the Earth, and the Scientific Revolution », in Revue philosophique de Louvain, vol. 114, 2016, n°3, pp. 579 – 582.
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Matjaž Vesel
Copernicus, Platonist Astronomer‐Philosopher
Cosmic Order, the Movement of the Earth, and the Scientific Revolution
Vesel (Matjaž), Copernicus, Platonist Astronomer‐Philosopher : Cosmic Order, the Movement of the Earth, and the Scientific Revolution / [translation from Slovene : Manca Gašperšič]. – Frankfurt‐am‐Main ; Bern ; Bruxelles : Peter Lang Edition, 2014. – 451 p. — ISBN 978−3−631−64242−9 — 82,95 €.
Ne souscrivant pas à la thèse de Robert Westman (The Copernican Question, 2011) selon laquelle la réforme copernicienne résulte d’une volonté de sauver l’astrologie, prenant le contrepied d’André Goddu (Copernicus and the Aristotelian Tradition, 2010), qui fait dériver le projet copernicien de son fond aristotélicien, mais s’inscrivant au contraire dans la lignée d’Anna De Pace (Niccolò Copernico e la fondazione del cosmo eliocentrico, 2009), dont il entend développer davantage la thèse du platonisme de Copernic, le présent ouvrage ne vise pas à développer tous les arguments en faveur d’une telle affirmation : il n’y sera donc pas question du célèbre passage (lib. I, cap. 10) justifiant la centration du Soleil par la volonté de Copernic de lui accorder la place la plus digne du cosmos et auquel on réduit trop souvent son (néo)platonisme. Au terme d’un long commentaire de presque tous les chapitres du livre 1 du De Revolutionibus (qui n’hésite pas à recourir aussi, à l’occasion, au Commentariolus) — commentaire qui s’attache à mettre en évidence, dans le sillage d’A. De Pace, la lente et presque imperceptible déconstruction de plusieurs concepts fondamentaux de l’aristotélisme dans le dessein de conduire, le plus naturellement possible, à l’adoption de l’héliocentrisme —, il s’agit, pour l’auteur, de présenter un argument de grande ampleur dans la mesure où il permet de rendre compte de manière unifiée de questions apparemment aussi disparates que le problème de l’équant et celui de l’ordre des sphères planétaires : c’est le platonisme de Copernic qui serait à même d’expliquer pourquoi celui‐ci fut le premier — et le seul — à ne plus supporter ces problèmes bien connus de tous, au point de ne pas hésiter, pour y remédier, à abandonner le géocentrisme au profit de l’héliocentrisme. Tentons de reconstituer, aussi fidèlement que possible, le raisonnement de l’auteur.
Selon la préface de Copernic au Pape Paul III, deux théories géocentriques, également insuffisantes, sont traditionnellement proposées aux astronomes : d’une part, le système des sphères homocentriques, qui présente l’avantage de respecter l’axiome platonicien selon lequel, derrière des apparences phénoménales parfois erratiques, les corps célestes, en raison de leur divinité, ne peuvent décrire qu’un mouvement circulaire, uniforme et parfaitement régulier, mais qui, en revanche, ne parvient pas à rendre compte de certains phénomènes observables (à savoir la distance variable des planètes à la Terre) ; d’autre part, le système ptoléméen des excentriques et des épicycles qui, lui, rend compte de ces phénomènes, mais au prix de l’introduction d’un dispositif (l’équant) qui contrevient à l’axiome platonicien qui vient d’être rappelé. Face à cette situation insatisfaisante, l’objectif de Copernic est d’élaborer un système qui garde les avantages des deux systèmes mentionnés — le respect de l’axiome platonicien du premier et la conformité aux observations du second — et ce, en prenant pour point de départ le système ptoléméen, mais en corrigeant ses défaillances.
En effet, deux reproches principaux peuvent lui être adressés. Nous connaissons déjà le premier : l’équant. Mais comme Copernic se contente de juger que le système ptoléméen de l’équant n’est pas suffisamment conforme à la raison, sans toutefois expliquer plus précisément pourquoi ce système n’aurait pas dû violer l’axiome platonicien, il convient d’élucider la motivation profonde de ce reproche copernicien. À l’instar d’Ibn al‐Haytham, on peut, par exemple, reprocher à l’équant, considéré de manière physique, de ne pas tourner autour d’un centre incarné matériellement. L’auteur soutient (contre A. De Pace) que Copernic, lui aussi, conçoit les orbes comme de véritables sphères tridimensionnelles réelles, mais (contre N. Swerdlow cette fois) que le problème de l’équant n’est pas, pour l’astronome polonais, uniquement mécanique ou astronomique, mais également métaphysique.
Le second reproche adressé, cette fois explicitement, au système ptoléméen est de n’avoir pu ni trouver ni reconstituer « la chose principale, c.-à‑d. la forme du monde et la symétrie exacte de ses parties », ce qui fait de lui « un monstre plutôt qu’un homme » (De Revolutionibus, préface). Autrement dit, dans ce système, chaque partie du monde est étudiée pour elle‐même, indépendamment des autres, sans donc qu’une attention suffisante ne soit portée à la cohérence de l’ensemble. Cette défaillance n’est pas qu’esthétique : elle se manifeste, très concrètement, par l’incapacité des astronomes à s’entendre sur l’ordre dans lequel il convient de ranger les sphères du Soleil, de Vénus et de Mercure, alors que pour les planètes supérieures (Mars, Jupiter et Saturne), une telle incertitude n’est pas de mise, puisqu’ils disposent d’un critère auxquels ils se rallient tous, à savoir la relation entre les périodes et les distances planétaires.
Étant donné, d’une part, que ces problèmes de l’astronomie ptoléméenne sont connus de tous depuis longtemps et, d’autre part, qu’ils n’ont jamais empêché les astronomes de « sauver les phénomènes », la question à résoudre est de savoir pourquoi Copernic les trouve à ce point gênant qu’il n’hésite pas, pour les dissiper, à s’opposer au « consensus de plusieurs siècles » en mettant la Terre en mouvement, ce qui, aux yeux de la multitude, consiste à proposer pour remède un poison bien plus dangereux que la maladie à guérir. Selon l’auteur, la raison réside dans son platonisme : c’est parce que Copernic partageait la conception platonicienne selon laquelle le cosmos a été créé, pour nous, par le meilleur des artisans qu’il ne pouvait pas se résoudre à admettre que le cosmos ressemble à un « monstre ». Aussi l’astronome polonais s’est-il préoccupé de questions aussi diverses que l’équant ou l’ordre des planètes, mais dont le point commun est la recherche de cette symétrie et de cette harmonie qui doivent caractériser le cosmos et qu’il n’a pu atteindre que par la mise en mouvement de la Terre autour du Soleil, puisque ce mouvement permet d’ordonner et de relier toutes les planètes (et plus seulement les planètes supérieures) par un seul critère, à savoir celui (déjà évoqué) de la relation distance‐période. De cette interprétation, il résulte, d’une part, que le deuxième mouvement de la Terre (son mouvement de révolution autour du Soleil) est, aux yeux de Copernic, bien plus important que son premier mouvement (le mouvement de rotation axiale), puisque c’est lui qui rend possible l’harmonie et la symétrie recherchées et, d’autre part, que les faiblesses de certains arguments physiques avancés par Copernic témoignent de l’intérêt relatif qu’il leur accorde et, a contrario, de l’importance centrale qu’il accorde à son argument platonicien de symétrie.
Les arguments avancés par l’auteur à l’appui de sa thèse méritent assurément d’être discutés. Qu’il nous soit permis de discuter uniquement celui des correspondances philosophiques entre Platon et Copernic, puisqu’il est jugé par l’auteur comme étant le plus important. Tout en convenant, sans réserve aucune, que la recherche de la symétrie du cosmos et le respect de l’axiome platonicien de régularité ont constitué, tous les deux, des motivations essentielles de l’astronome polonais (alors que l’auteur privilégie, insensiblement, la symétrie au détriment de la régularité bien que, d’un point de vue platonicien, la régularité soit, selon nous, certainement aussi cruciale que la symétrie, voire plus), nous hésitons encore à faire Copernic un platonicien et, certainement, « le vrai astronome de Platon » (p. 357) que nous décrit l’auteur. Pour nous justifier, rappelons brièvement l’enjeu qui amène Platon‐le‐philosophe à s’intéresser à des problèmes techniques d’astronomie.
Plante céleste, l’homme est invité à se comporter en fonction de son origine et à mener une vie conforme à sa nature en stabilisant son âme par l’imitation des mouvements célestes, non pas tels qu’ils apparaissent à ceux qui les regardent distraitement, car ils sont irréguliers, mais tels qu’ils existent — circulaires, réguliers et uniformes — et tels que les perçoit l’homme qui, ayant tiré parti du corps qui lui a été spécifiquement donné à cet effet (des yeux disposés au sommet d’un corps droit surmonté d’un cou flexible), a étudié l’astronomie et a donc pu dépasser des apparences trompeuses. Aussi peut‐on comprendre toute l’importance philosophique du défi technique adressé par Platon aux astronomes et pourquoi il était capital pour sa doctrine qu’ils arrivent à le relever comme ils l’ont fait : c’est de leur capacité à retrouver, conformément à l’axiome platonicien, une combinaison de mouvements parfaitement circulaires, réguliers et uniformes derrière le mouvement erratique de certains corps célestes que dépendait la possibilité, pour l’homme, de prendre vraiment, c.-à‑d. sans exception aucune, le monde céleste comme modèle de comportement (cf. R. Brague, La Sagesse du monde, 1999, que l’auteur ne signale pas dans sa bibliographie). Comme on le voit, le recours platonicien au ciel comme modèle d’humanité et à l’astronomie comme science devant permettre d’atteindre cet objectif ne requiert pas seulement que le monde céleste remplisse les conditions de symétrie et de régularité qui établissent sa perfection et dont il est, à juste titre, question tout au long de ce livre, mais également que la demeure de l’homme soit l’autre de ce monde céleste qualifié de divin. Or, si le système de Copernic répond encore plus parfaitement à l’exigence de perfection requise par Platon pour le monde céleste, il le fait en plaçant la Terre elle‐même parmi les planètes, détruisant ainsi la bipartition essentielle entre monde terrestre et monde céleste. Dans ces conditions, l’invitation platonicienne à imiter le ciel n’a plus aucun sens puisque, dorénavant, nous appartenons nous‐mêmes à ce monde que nous sommes censés imiter : bref, ce serait tout bonnement se singer ! Aussi peut‐on raisonnablement penser que la solution avancée par Copernic serait jugée, par Platon aussi, comme étant davantage un poison qu’un remède, puisqu’elle sape, en définitive, tout ce qui fonde la philosophie platonicienne à promouvoir, par le biais de l’astronomie, l’observation du ciel en vue de son imitation. D’un point de vue platonicien, sacrifier la position centrale de la Terre afin de préserver l’harmonie du monde est donc très loin, comme semble le penser l’auteur, d’être anodin. C’est le cœur de la doctrine platonicienne qui est frappé, de sorte que si nous sommes prêts à reconnaître que la motivation de Copernic est sans doute platonicienne, sa solution, elle, ne l’est assurément pas. Faut‐il donc en conclure que Copernic est un platonicien — mieux, comme le dit l’auteur, un astronome‐philosophe platonicien —, mais à condition d’ajouter : un platonicien qui, au final, détruit la doctrine du maître ?
Bien informé, érudit, pédagogique, procédant agréablement par questions‐réponses, ce livre est assurément tout à fait digne d’intérêt.
Selon la préface de Copernic au Pape Paul III, deux théories géocentriques, également insuffisantes, sont traditionnellement proposées aux astronomes : d’une part, le système des sphères homocentriques, qui présente l’avantage de respecter l’axiome platonicien selon lequel, derrière des apparences phénoménales parfois erratiques, les corps célestes, en raison de leur divinité, ne peuvent décrire qu’un mouvement circulaire, uniforme et parfaitement régulier, mais qui, en revanche, ne parvient pas à rendre compte de certains phénomènes observables (à savoir la distance variable des planètes à la Terre) ; d’autre part, le système ptoléméen des excentriques et des épicycles qui, lui, rend compte de ces phénomènes, mais au prix de l’introduction d’un dispositif (l’équant) qui contrevient à l’axiome platonicien qui vient d’être rappelé. Face à cette situation insatisfaisante, l’objectif de Copernic est d’élaborer un système qui garde les avantages des deux systèmes mentionnés — le respect de l’axiome platonicien du premier et la conformité aux observations du second — et ce, en prenant pour point de départ le système ptoléméen, mais en corrigeant ses défaillances.
En effet, deux reproches principaux peuvent lui être adressés. Nous connaissons déjà le premier : l’équant. Mais comme Copernic se contente de juger que le système ptoléméen de l’équant n’est pas suffisamment conforme à la raison, sans toutefois expliquer plus précisément pourquoi ce système n’aurait pas dû violer l’axiome platonicien, il convient d’élucider la motivation profonde de ce reproche copernicien. À l’instar d’Ibn al‐Haytham, on peut, par exemple, reprocher à l’équant, considéré de manière physique, de ne pas tourner autour d’un centre incarné matériellement. L’auteur soutient (contre A. De Pace) que Copernic, lui aussi, conçoit les orbes comme de véritables sphères tridimensionnelles réelles, mais (contre N. Swerdlow cette fois) que le problème de l’équant n’est pas, pour l’astronome polonais, uniquement mécanique ou astronomique, mais également métaphysique.
Le second reproche adressé, cette fois explicitement, au système ptoléméen est de n’avoir pu ni trouver ni reconstituer « la chose principale, c.-à‑d. la forme du monde et la symétrie exacte de ses parties », ce qui fait de lui « un monstre plutôt qu’un homme » (De Revolutionibus, préface). Autrement dit, dans ce système, chaque partie du monde est étudiée pour elle‐même, indépendamment des autres, sans donc qu’une attention suffisante ne soit portée à la cohérence de l’ensemble. Cette défaillance n’est pas qu’esthétique : elle se manifeste, très concrètement, par l’incapacité des astronomes à s’entendre sur l’ordre dans lequel il convient de ranger les sphères du Soleil, de Vénus et de Mercure, alors que pour les planètes supérieures (Mars, Jupiter et Saturne), une telle incertitude n’est pas de mise, puisqu’ils disposent d’un critère auxquels ils se rallient tous, à savoir la relation entre les périodes et les distances planétaires.
Étant donné, d’une part, que ces problèmes de l’astronomie ptoléméenne sont connus de tous depuis longtemps et, d’autre part, qu’ils n’ont jamais empêché les astronomes de « sauver les phénomènes », la question à résoudre est de savoir pourquoi Copernic les trouve à ce point gênant qu’il n’hésite pas, pour les dissiper, à s’opposer au « consensus de plusieurs siècles » en mettant la Terre en mouvement, ce qui, aux yeux de la multitude, consiste à proposer pour remède un poison bien plus dangereux que la maladie à guérir. Selon l’auteur, la raison réside dans son platonisme : c’est parce que Copernic partageait la conception platonicienne selon laquelle le cosmos a été créé, pour nous, par le meilleur des artisans qu’il ne pouvait pas se résoudre à admettre que le cosmos ressemble à un « monstre ». Aussi l’astronome polonais s’est-il préoccupé de questions aussi diverses que l’équant ou l’ordre des planètes, mais dont le point commun est la recherche de cette symétrie et de cette harmonie qui doivent caractériser le cosmos et qu’il n’a pu atteindre que par la mise en mouvement de la Terre autour du Soleil, puisque ce mouvement permet d’ordonner et de relier toutes les planètes (et plus seulement les planètes supérieures) par un seul critère, à savoir celui (déjà évoqué) de la relation distance‐période. De cette interprétation, il résulte, d’une part, que le deuxième mouvement de la Terre (son mouvement de révolution autour du Soleil) est, aux yeux de Copernic, bien plus important que son premier mouvement (le mouvement de rotation axiale), puisque c’est lui qui rend possible l’harmonie et la symétrie recherchées et, d’autre part, que les faiblesses de certains arguments physiques avancés par Copernic témoignent de l’intérêt relatif qu’il leur accorde et, a contrario, de l’importance centrale qu’il accorde à son argument platonicien de symétrie.
Les arguments avancés par l’auteur à l’appui de sa thèse méritent assurément d’être discutés. Qu’il nous soit permis de discuter uniquement celui des correspondances philosophiques entre Platon et Copernic, puisqu’il est jugé par l’auteur comme étant le plus important. Tout en convenant, sans réserve aucune, que la recherche de la symétrie du cosmos et le respect de l’axiome platonicien de régularité ont constitué, tous les deux, des motivations essentielles de l’astronome polonais (alors que l’auteur privilégie, insensiblement, la symétrie au détriment de la régularité bien que, d’un point de vue platonicien, la régularité soit, selon nous, certainement aussi cruciale que la symétrie, voire plus), nous hésitons encore à faire Copernic un platonicien et, certainement, « le vrai astronome de Platon » (p. 357) que nous décrit l’auteur. Pour nous justifier, rappelons brièvement l’enjeu qui amène Platon‐le‐philosophe à s’intéresser à des problèmes techniques d’astronomie.
Plante céleste, l’homme est invité à se comporter en fonction de son origine et à mener une vie conforme à sa nature en stabilisant son âme par l’imitation des mouvements célestes, non pas tels qu’ils apparaissent à ceux qui les regardent distraitement, car ils sont irréguliers, mais tels qu’ils existent — circulaires, réguliers et uniformes — et tels que les perçoit l’homme qui, ayant tiré parti du corps qui lui a été spécifiquement donné à cet effet (des yeux disposés au sommet d’un corps droit surmonté d’un cou flexible), a étudié l’astronomie et a donc pu dépasser des apparences trompeuses. Aussi peut‐on comprendre toute l’importance philosophique du défi technique adressé par Platon aux astronomes et pourquoi il était capital pour sa doctrine qu’ils arrivent à le relever comme ils l’ont fait : c’est de leur capacité à retrouver, conformément à l’axiome platonicien, une combinaison de mouvements parfaitement circulaires, réguliers et uniformes derrière le mouvement erratique de certains corps célestes que dépendait la possibilité, pour l’homme, de prendre vraiment, c.-à‑d. sans exception aucune, le monde céleste comme modèle de comportement (cf. R. Brague, La Sagesse du monde, 1999, que l’auteur ne signale pas dans sa bibliographie). Comme on le voit, le recours platonicien au ciel comme modèle d’humanité et à l’astronomie comme science devant permettre d’atteindre cet objectif ne requiert pas seulement que le monde céleste remplisse les conditions de symétrie et de régularité qui établissent sa perfection et dont il est, à juste titre, question tout au long de ce livre, mais également que la demeure de l’homme soit l’autre de ce monde céleste qualifié de divin. Or, si le système de Copernic répond encore plus parfaitement à l’exigence de perfection requise par Platon pour le monde céleste, il le fait en plaçant la Terre elle‐même parmi les planètes, détruisant ainsi la bipartition essentielle entre monde terrestre et monde céleste. Dans ces conditions, l’invitation platonicienne à imiter le ciel n’a plus aucun sens puisque, dorénavant, nous appartenons nous‐mêmes à ce monde que nous sommes censés imiter : bref, ce serait tout bonnement se singer ! Aussi peut‐on raisonnablement penser que la solution avancée par Copernic serait jugée, par Platon aussi, comme étant davantage un poison qu’un remède, puisqu’elle sape, en définitive, tout ce qui fonde la philosophie platonicienne à promouvoir, par le biais de l’astronomie, l’observation du ciel en vue de son imitation. D’un point de vue platonicien, sacrifier la position centrale de la Terre afin de préserver l’harmonie du monde est donc très loin, comme semble le penser l’auteur, d’être anodin. C’est le cœur de la doctrine platonicienne qui est frappé, de sorte que si nous sommes prêts à reconnaître que la motivation de Copernic est sans doute platonicienne, sa solution, elle, ne l’est assurément pas. Faut‐il donc en conclure que Copernic est un platonicien — mieux, comme le dit l’auteur, un astronome‐philosophe platonicien —, mais à condition d’ajouter : un platonicien qui, au final, détruit la doctrine du maître ?
Bien informé, érudit, pédagogique, procédant agréablement par questions‐réponses, ce livre est assurément tout à fait digne d’intérêt.
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Révolution copernicienne
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