Livre analysé
Références
Stoffel (Jean‐François), Compte rendu de Ph. Caspar, « L’embryon au IIe siècle », in Revue des questions scientifiques, vol. 174, 2003, n°4, pp. 433 – 434.
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Philippe Caspar
L’embryon au IIe siècle
Caspar (Philippe), L’embryon au IIe siècle. – Un vol. de 173 pages (13,5 × 21,5). – Paris, L’Harmattan, 2002. – (Religions & spiritualité). – Broché : 14,50 €. – ISBN : 2−7475−3797−8.
Cet ouvrage constitue le premier volume publié d’une Histoire générale des doctrines relatives à l’embryon qui, en cinq tomes, emmènera l’Auteur de l’Antiquité grecque jusqu’au XXe siècle, au sein d’une vaste enquête historique destinée à éclairer la définition moderne du statut de l’embryon humain. Il forme le premier volume du deuxième tome de cette enquête et nous plonge immédiatement au sein d’une période largement délaissée par l’histoire des doctrines embryonnaires, bien qu’elle soit particulièrement novatrice. D’emblée, il permet également de prendre conscience de l’enjeu intellectuel que représente un tel panorama historique.
Pour un philosophe et un médecin préoccupé par les questions de bioéthique, se proposer d’écrire une Histoire générale des doctrines relatives à l’embryon, c’est s’atteler à démontrer que l’indécision actuelle sur le statut de l’œuf humain fécondé n’est pas de tous les temps. En effet, la période patristique (que l’on clôture classiquement avec Isidore de Séville, mort en 636, pour l’Occident et avec Jean Damascène, mort vers 750, pour l’Orient) affirme dans une quasi unanimité la coexistence originaire du corps et de l’âme au sein de l’embryon. On pensait que cette doctrine, conçue par Lactance (au début du IVe siècle) et par Grégoire de Nysse (à la fin de ce même IVe siècle), était relativement tardive. L’intérêt majeur de cet ouvrage est de montrer qu’elle s’amorce dès Justin (début du IIe siècle) et que, dès cette époque, cette affirmation se connote de problématiques strictement théologiques. En second lieu, cette étude montre que l’interdiction de l’avortement s’enracine dans les prises de position des Pères apostoliques (Barnabé et l’auteur de la Didachè notamment), que l’on considère comme les premiers auteurs chrétiens.
Or la réflexion à la fois médicale, philosophique et théologique des Pères sur la question de l’embryon est restée jusqu’aujourd’hui presque totalement méconnue. Cette tradition, nous dit l’Auteur, a en effet été malheureusement occultée, jusqu’à Vatican II, par le rayonnement théologique trop exclusif de Thomas d’Aquin. La recherche qu’inaugure ce premier volume s’inscrit dès lors dans les perspectives ouvertes par ce Concile. Assumant le « Dialogue théologique », c’est-à-dire le dialogue mouvementé entre thomistes et patrologues grecs qui s’est noué après la Seconde Guerre mondiale, Vatican II avait voulu ouvrir la réflexion théologique à toutes les traditions (cf. pp. 21 – 24 et pp. 94 – 100). Face à l’Aquinate, c’est donc la richesse de pensée de Tertullien que cet ouvrage nous fait redécouvrir : « Dès le début du IIIe siècle, Tertullien a proposé une solution à toutes les difficultés biologiques, anthropologiques et théologiques que posera ultérieurement la thèse thomiste. Cette dernière n’est supérieure à la position de Tertullien que sur deux points corrélatifs : le rejet du traducianisme et l’adoption du créationnisme. Encore faut‐il préciser que le mérite de l’Aquinate dans cette question est quantité négligeable » (p. 85).
Il est à peine besoin de l’écrire : l’importance du thème, la clarté de l’exposé, la finesse des analyses et la parfaite maîtrise du sujet dans ses dimensions aussi bien scientifiques, philosophiques, théologiques qu’historiques font de ce premier volume un gage de réussite pour cette histoire générale de l’embryon que nous promet l’Auteur et qui viendra combler de manière tout à fait nécessaire un manque criant de la littérature contemporaine.
Pour un philosophe et un médecin préoccupé par les questions de bioéthique, se proposer d’écrire une Histoire générale des doctrines relatives à l’embryon, c’est s’atteler à démontrer que l’indécision actuelle sur le statut de l’œuf humain fécondé n’est pas de tous les temps. En effet, la période patristique (que l’on clôture classiquement avec Isidore de Séville, mort en 636, pour l’Occident et avec Jean Damascène, mort vers 750, pour l’Orient) affirme dans une quasi unanimité la coexistence originaire du corps et de l’âme au sein de l’embryon. On pensait que cette doctrine, conçue par Lactance (au début du IVe siècle) et par Grégoire de Nysse (à la fin de ce même IVe siècle), était relativement tardive. L’intérêt majeur de cet ouvrage est de montrer qu’elle s’amorce dès Justin (début du IIe siècle) et que, dès cette époque, cette affirmation se connote de problématiques strictement théologiques. En second lieu, cette étude montre que l’interdiction de l’avortement s’enracine dans les prises de position des Pères apostoliques (Barnabé et l’auteur de la Didachè notamment), que l’on considère comme les premiers auteurs chrétiens.
Or la réflexion à la fois médicale, philosophique et théologique des Pères sur la question de l’embryon est restée jusqu’aujourd’hui presque totalement méconnue. Cette tradition, nous dit l’Auteur, a en effet été malheureusement occultée, jusqu’à Vatican II, par le rayonnement théologique trop exclusif de Thomas d’Aquin. La recherche qu’inaugure ce premier volume s’inscrit dès lors dans les perspectives ouvertes par ce Concile. Assumant le « Dialogue théologique », c’est-à-dire le dialogue mouvementé entre thomistes et patrologues grecs qui s’est noué après la Seconde Guerre mondiale, Vatican II avait voulu ouvrir la réflexion théologique à toutes les traditions (cf. pp. 21 – 24 et pp. 94 – 100). Face à l’Aquinate, c’est donc la richesse de pensée de Tertullien que cet ouvrage nous fait redécouvrir : « Dès le début du IIIe siècle, Tertullien a proposé une solution à toutes les difficultés biologiques, anthropologiques et théologiques que posera ultérieurement la thèse thomiste. Cette dernière n’est supérieure à la position de Tertullien que sur deux points corrélatifs : le rejet du traducianisme et l’adoption du créationnisme. Encore faut‐il préciser que le mérite de l’Aquinate dans cette question est quantité négligeable » (p. 85).
Il est à peine besoin de l’écrire : l’importance du thème, la clarté de l’exposé, la finesse des analyses et la parfaite maîtrise du sujet dans ses dimensions aussi bien scientifiques, philosophiques, théologiques qu’historiques font de ce premier volume un gage de réussite pour cette histoire générale de l’embryon que nous promet l’Auteur et qui viendra combler de manière tout à fait nécessaire un manque criant de la littérature contemporaine.
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