Livre ana­ly­sé

Réfé­rences

Stof­fel (Jean‐François), Compte ren­du de A. Fried­mann & G. Lemaître, « Essais de cos­mo­lo­gie », in Revue phi­lo­so­phique de Lou­vain, vol. 97, 1999, n°1, pp. 168 – 170. 

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Friedmann (Alexandre) – Lemaître (Georges)

Essais de cosmologie

Fried­mann (Alexandre) & Lemaître (Georges), Essais de cos­mo­lo­gie / textes choi­sis, présen­tés, tra­duits du russe ou de l’anglais et anno­tés par Jean‐Pierre Lumi­net et Andrey Grib, [pré­cé­dés de] L’invention du Big Bang / par Jean‐Pierre Lumi­net. – [Paris] : Édi­tions du Seuil, 1997. – 337 p. – (Sources du savoir).

Depuis les com­mé­mo­ra­tions du cen­tième anni­ver­saire de la nais­sance de Georges Le­maître célé­brées en 1994, un cer­tain renou­veau semble se des­si­ner à l’endroit de ce sa­vant lou­va­niste et le pré­sent ouvrage en consti­tue une très heu­reuse illus­tra­tion1. Il réunit — et donne sur­tout à lire — deux auteurs qui, par­fois indé­pen­dam­ment l’un de l’autre, ont appor­té des contri­bu­tions tout à fait fon­da­men­tales à la cos­mo­lo­gie de ce siècle, mais qui, aux yeux de l’histoire (du moins anglo‐saxonne) ont jusqu’ici eu pour des­tin com­mun de ne pas voir ces contri­bu­tions recon­nues à leur juste valeur. Espé­rons que le pré­sent re­cueil de quelques‐uns de leurs textes les plus impor­tants contri­bue­ra à cor­ri­ger cette er­reur, dom­ma­geable autant pour la répar­ti­tion de mérites res­pec­tifs d’un Ein­stein, d’un Fried­mann, d’un Lemaître ou d’un Hubble, que pour la juste com­pré­hen­sion de cette pé­riode qui nous fit prendre conscience de l’historicité de l’univers et qui doit donc rete­nir l’attention des phi­lo­sophes de la nature. Espé­rons éga­le­ment, dans le cas de Lemaître, qu’elle fera prendre conscience à quelque édi­teur ou res­pon­sable scien­ti­fique que son maître‐ouvrage de 1946, L’hypothèse de l’atome pri­mi­tif : Essai de cos­mo­go­nie, n’est plus dis­po­nible depuis sa réédi­tion de 1972 et devrait être réédité.

Ce recueil com­porte tout d’abord l’essentiel2 de l’ouvrage L’univers comme espace et temps que Fried­mann avait fait paraître en russe en 1923 « à l’intention des phi­lo­sophes »3 et qui se trouve ici tra­duit pour la pre­mière fois dans une langue étran­gère. Dans une par­tie plus « tech­nique » du recueil, ce texte est accom­pa­gné par la tra­duc­tion fran­çaise iné­dite de ses deux articles scien­ti­fiques fon­da­men­taux, Sur la cour­bure de l’espace et Sur la pos­si­bi­li­té d’un uni­vers à cour­bure néga­tive constante, publiés en alle­mand, respective­ment en 1922 et 1924.

En ce qui concerne Lemaître, ce recueil réédite deux textes rela­ti­ve­ment connus (à dé­faut, nous l’avons dit, d’être aujourd’hui rela­ti­ve­ment acces­sibles), puisque le grand cos­mologiste les inté­gre­ra, en 1946, dans son ouvrage L’hypothèse de l’atome pri­mi­tif : Essai de cos­mo­go­nie. Il s’agit tout d’abord de L’expansion de l’espace, un article paru dans la Re­vue des ques­tions scien­ti­fiques en 1931, et ensuite de L’hypothèse de l’atome pri­mi­tif, le texte d’une confé­rence faite à Fri­bourg en 1945 et publié la même année dans les Actes de la Socié­té hel­vé­tique des sciences natu­relles. Dans la par­tie plus tech­nique de l’ouvrage sont don­nés le célé­bris­sime Un uni­vers homo­gène de masse constante et de rayon crois­sant, ren­dant compte de la vitesse radiale des nébu­leuses extra­ga­lac­tiques de 1927 ; la tra­duc­tion fran­çaise de la courte note parue en 1931 dans la revue Nature et inti­tu­lée L’origine du monde du point de vue de la théo­rie quan­tique et enfin la cor­res­pon­dance inédite Lemaître‐de Sit­ter et Lemaître‐Einstein.

Tous ces textes, abon­dam­ment anno­tés par l’éditeur, sont par­fai­te­ment enca­drés par une solide intro­duc­tion de Jean‐Pierre Lumi­net (près de nonante pages ; elles, acces­sibles au plus grand nombre), qui, avec une très grande clar­té et beau­coup de bon­heur, en font res­sor­tir les nou­veau­tés et les richesses. Une biblio­gra­phie de la lit­té­ra­ture pri­maire et secon­daire et un index ono­mas­tique com­plètent heu­reu­se­ment l’ensemble.

La qua­li­té d’un ouvrage ne doit pas tou­jours se mesu­rer à la lon­gueur des comptes ren­dus qui lui sont consa­crés : quand le pro­pos est clai­re­ment expo­sé, le cri­tique peut se dis­penser de débrous­sailler le ter­rain pour son futur lec­teur ; quand l’intérêt de la publica­tion est mani­feste, il peut se conten­ter de don­ner un aper­çu de son conte­nu ; quand la réa­li­sa­tion est menée avec soin et mani­feste une véri­table uni­té de conte­nu, il ne lui in­combe que d’en remer­cier l’auteur.

1. En témoignent éga­le­ment ces quatre publi­ca­tions parues depuis l’inventaire de la lit­té­ra­ture secon­daire que nous avions dres­sé en 1996 dans l’ouvrage col­lec­tif Mgr Georges Lemaître, savant et croyant : HELLER (Michael), Lemaître, Big Bang and the quan­tum uni­verse, Tuc­son : Pachart Publi­shing House, 1996, 108 p. ; LAMBERT (Domi­nique), Mgr Georges Lemaître et les « Amis de Jésus », in Revue Théo­lo­gique de Lou­vain, t. XXVII, 1996, pp. 309 – 343 ; IDEM, Un nou­veau regard sur la vie de Mgr Georges Lemaître, in Lou­vain, janvier‐février 1997, n°75, pp. 33 – 34 ; IDEM, Mon­sei­gneur Georges Lemaître et le débat entre la cos­mo­lo­gie et la foi, in Revue Théo­lo­gique de Lou­vain, 28e année, 1997, pp. 28 – 53 et pp. 227 – 243.

2. L’éditeur nous aver­tit (note 47 p. 85) qu’il a sup­pri­mé cer­taines des répé­ti­tions qui encombrent l’ouvrage du savant russe.

3. Comme le sou­ligne l’éditeur, Fried­mann a sans doute fait preuve ici de quelque naïveté.