Livre ana­ly­sé

Réfé­rences

Stof­fel (Jean‐François), Compte ren­du de « Dic­tion­naire des phi­lo­sophes fran­çais du XVIIe siècle : acteurs et réseaux du savoir » / sous la direc­tion de Luc Fois­neau, in Revue phi­lo­so­phique de Lou­vain, vol. 117, 2019, n°3, pp. 589 – 590.

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Sous la direction de Luc Foisneau

Dictionnaire des philosophes français du XVIIe siècle

Acteurs et réseaux du savoir

Dic­tion­naire des phi­lo­sophes fran­çais du XVIIe siècle : acteurs et réseaux du savoir / sous la direc­tion de Luc Fois­neau, avec la col­la­bo­ra­tion d’Élisabeth Dutartre‐Michaut et de Chris­tian Bache­lier ; tra­duc­tions de Del­phine Bel­lis, Luc Fois­neau et Claire Gal­lien. – Paris : Clas­siques Gar­nier, 2015. – 2138 p. – (Dic­tion­naires et syn­thèses ; 3).

Après une pre­mière mou­ture en tra­duc­tion anglaise sous le titre The Dic­tio­na­ry of Seventeenth‐Century French Phi­lo­so­phers (Thoemmes, 2008), la pré­sente édi­tion cons­titue véri­ta­ble­ment, après douze années de tra­vail, la ver­sion de réfé­rence — enri­chie, révi­sée et mise à jour — de cet impor­tant et impo­sant ins­tru­ment de tra­vail. Quelques chiffres sont indis­pen­sables pour appré­hen­der l’ampleur de ce dic­tion­naire des­ti­né à « se faire une idée plus exacte du savoir phi­lo­so­phique au XVIIe siècle » et consa­cré aux « auteurs ayant publié au moins un ouvrage ou rédi­gé un manus­crit entre 1601 et 1700 » (p. 25), sans pour autant que soient igno­rés ceux « qui se situent aux marges du siècle, de la France et de la phi­lo­so­phie » (p. 26) : 690 entrées ; 167 rédac­teurs de 9 natio­na­li­tés dif­fé­rentes ; 2.138 pages dont près de 350 heu­reu­se­ment consa­crées à un index his­to­rique et rai­son­né des per­sonnes et des matières, incluant même des notules bio­gra­phiques dédiées aux per­sonnes qui sont les moins connues par­mi celles qui se trouvent dépour­vues d’une notice.

Cha­cune de ces notices com­porte une bio­gra­phie et une pré­sen­ta­tion de l’œuvre de l’auteur étu­dié, la liste de ses textes exa­mi­nés, celle des tra­vaux contem­po­rains qui paraissent signi­fi­ca­tifs dans ce contexte, un choix d’études secon­daires, éven­tuel­le­ment le signa­le­ment de manus­crits, mais aus­si des biblio­gra­phies et bio­gra­phies exis­tantes, enfin une série de mots clés per­met­tant, via l’index déjà évo­qué, de pour­suivre la navi­ga­tion de proche en proche. La lon­gueur de ces notices est pré­sen­tée comme reflé­tant moins l’importance que, rétros­pec­ti­ve­ment, une cer­taine tra­di­tion uni­ver­si­taire accorde à l’auteur concer­né que l’influence réelle qui fut la sienne sur son siècle. Aus­si le lec­teur pourra‐t‐il être sur­pris de consta­ter, par exemple, que les notices consa­crées à Hono­ré Fabri et à Antoine Arnauld s’étendent res­pec­ti­ve­ment sur 16 et 24 colonnes contre seule­ment 19 et 22 pour Des­cartes et Pas­cal ! Ajou­tons qu’après un avant‐propos qui donne entière satis­fac­tion, le dic­tion­naire lui‐même est pré­cé­dé de huit courtes intro­duc­tions thé­ma­tiques (« Les car­té­siens fran­çais », « La pen­sée clan­des­tine », ou encore « Théo­ries des arts »), moyen­ne­ment utiles, qui sont cen­sées ren­voyer aux notices qui les suivent.

Mal­gré le soin appor­té, la per­fec­tion n’est bien sûr pas de ce monde ! En vue d’une pro­chaine édi­tion, on note­ra donc quelques impré­ci­sions ou inexac­ti­tudes : le titre de l’ouvrage publié par Bro­deau de Mon­char­ville en 1702 appa­raît tron­qué, puisqu’il s’intitule en réa­li­té Preuves des exis­tences, et nou­veau sys­tême de l’Univers, ou Idée d’une nou­velle phi­lo­so­phie (cf. pp. 359 – 360) ; quant à celui du livre que fit paraître Gille de Lau­nay en 1667, il est tout sim­ple­ment erro­né, puisqu’il faut lire Les essais phy­siques et non Les essais phi­lo­so­phiques (cf. pp. 1007 – 1008). Quelques lacunes éga­le­ment : dans la notice dédiée à Théo­phraste Bou­ju (p. 325), un ren­voi est fait « Ariew, 1999 » dont on cher­che­ra en vain la réfé­rence com­plète dans la biblio­gra­phie. Quel­ques inco­hé­rences enfin : dans l’index, aus­si colos­sal que pré­cieux, l’un ou l’autre ren­voi à des « entrées matières com­plé­men­taires » consti­tue un auto­ré­fé­ren­ce­ment (au terme de la sec­tion « Astro­no­mie », on ren­voie à « Par­hé­lie » qui cons­titue jus­te­ment une par­tie de ladite sec­tion) ou pointe vers une sec­tion prin­ci­pale inexis­tante en tant que telle (« Cos­mo­lo­gie », par exemple, est en réa­li­té une sous‐section de « Monde »). Un peu plus embar­ras­sant, sou­li­gnons qu’il est impos­sible, ain­si que nous l’avons récem­ment éta­bli1, d’attribuer à Jean d’Espagnet une cos­mo­lo­gie hélio­cen­trique, comme le fait Didier Kahn (p. 667), sauf à oublier que le géo­cen­trisme astro­no­mique (auquel il sous­crit in­con­testablement) a tou­jours su s’accom­moder fort bien d’un hélio­cen­trisme symbolique.

Mais arrê­tons de nous mon­trer si poin­tilleux et réjouissons‐nous sur­tout, sans réserve aucune, de l’existence de cet ins­tru­ment de tra­vail incon­tour­nable qui nous a déjà ren­du tant de ser­vices et fait décou­vrir tant d’auteurs aujourd’hui mécon­nus que nous pour­rons doré­na­vant inté­grer dans nos recherches. Mieux : sou­hai­tons que d’autres équipes aient le cou­rage de pro­duire, pour les autres époques de la phi­lo­so­phie fran­çaise, des dic­tion­naires simi­laires et que les édi­tions Clas­siques Gar­nier aient le bon goût de les publier ! 

1 Cf. J.-Fr. Stof­fel, « Qui choi­si­rait de poser ce flam­beau dans un lieu autre ou meilleur que celui d’où il peut illu­mi­ner le tout simul­ta­né­ment ? » : exa­men de la per­ti­nence d’un argu­ment coper­ni­cien de conve­nance, in Revue des ques­tions scien­ti­fiques, vol. 189, 2018, n°4, pp. 409 – 458 ; ici, pp. 433 – 434.