Livre ana­ly­sé

Réfé­rences

Stof­fel (Jean‐François), Compte ren­du de A. Roma­no, « La contre‐réforme mathé­ma­tique : consti­tu­tion et dif­fu­sion d’une culture mathé­ma­tique à la Renais­sance », in Revue d’histoire ecclé­sias­tique, vol. 96, 2001, n°3 – 4, pp. 638 – 639. 

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Antonella Romano

La contre‐réforme mathématique

Constitution et diffusion d’une cul­ture mathématique jésuite à la Renaissance

Roma­no (Anto­nel­la), La contre‐réforme mathé­ma­tique : consti­tu­tion et dif­fu­sion d’une cul­ture mathé­ma­tique jésuite à la Renais­sance. – Rome : École fran­çaise de Rome, 1999. – xi, 691 p. – (Biblio­thèque des écoles fran­çaises d’Athènes et de Rome ; 306).

Pre­mier ordre né de la Contre‐Réforme, la Com­pa­gnie de Jésus s’est enga­gée, dès son ori­gine, dans une acti­vi­té édu­ca­tive pri­vi­lé­giant l’enseignement, dont celui des mathéma­tiques. Dans cette mono­gra­phie excep­tion­nelle qui traite non pas de l’histoire des mathé­matiques, mais bien de celle de leur ensei­gne­ment au sein de la Com­pa­gnie, l’Auteur, fai­sant véri­ta­ble­ment œuvre d’historien, s’attache à inter­ro­ger non seule­ment les pro­jets de la Com­pa­gnie de Jésus tels qu’ils peuvent trans­pa­raître dans les textes régu­la­teurs éma­nant de Rome, mais aus­si la varié­té de leurs mises en œuvre en terre de France ; non pas seule­ment les conte­nus scien­ti­fiques des pro­grammes d’enseignement, mais aus­si les con­ditions sociales de pro­duc­tion du savoir et les acteurs de ces pro­duc­tions. Une pre­mière par­tie (1540−1610) envi­sage « la ques­tion des mathé­ma­tiques dans l’ancienne Com­pa­gnie et ses Col­lèges », retra­çant la part réser­vée aux mathé­ma­tiques dans le cur­sus philoso­phique via les Consti­tu­tions et la Ratio stu­dio­rum, puis l’instauration des mathé­ma­tiques comme une dis­ci­pline à part entière au Col­le­gio roma­no grâce à Cla­vius. Avec la deuxième par­tie (seconde moi­tié du XVIe siècle), inti­tu­lée « du centre romain à la péri­phé­rie fran­çaise », le lec­teur est invi­té à décou­vrir les spé­ci­fi­ci­tés locales de l’expérience fran­çaise (et notam­ment bor­de­laise), contre une lec­ture cen­tra­li­sée des rap­ports entre le centre ro­main et la péri­phé­rie fran­çaise qui se décli­ne­rait sim­ple­ment sur le mode de la norme et de son appli­ca­tion. C’est d’ailleurs en rai­son de l’existence de ces spé­ci­fi­ci­tés locales que l’Auteur a pré­fé­ré rete­nir, dans son titre, l’expression « culture mathé­ma­tique jésuite » à celle, plus coer­ci­tive, de « science mathé­ma­tique ». Pour­sui­vant son enquête en ter­rain fran­çais, la troi­sième par­tie (pre­mière moi­tié du XVIIe siècle) nous invite à décou­vrir « le temps des chaires [de mathé­ma­tiques] », les­quelles s’instaurent à la faveur d’une ère d’of­ficialisation de la pré­sence jésuite en France et grâce à l’entrée en vigueur de la der­nière ver­sion de la Ratio stu­dio­rum (1603). Tou­jours claire, tou­jours éru­dite, tou­jours basée sur les sources, cette véri­table somme inté­res­se­ra au plus haut point les his­to­riens de l’ensei­gnement des mathé­ma­tiques et ceux de la Com­pa­gnie de Jésus. Contre une cer­taine histo­riographie mar­quée par l’antagonisme radi­cal entre défen­seurs et oppo­sants de cet ordre reli­gieux, cette mono­gra­phie contri­bue d’ailleurs, avec bon­heur et séré­ni­té, à « désencla­ver » la Com­pa­gnie de Jésus pour la réin­té­grer dans notre patri­moine intel­lec­tuel commun. 

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