Livre ana­ly­sé

Réfé­rences

Stof­fel (Jean‐François), Compte ren­du de B. Bour­gine (édit.), « Quand les reli­gions doutent des sciences », in Nou­velle revue théo­lo­gique, vol. 137, 2015, n°2, pp. 326 – 327.

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Sous la direction de Benoît Bourgine

Quand les religions doutent des sciences

Quand les reli­gions doutent des sciences / sous la direc­tion de Benoît Bour­gine. – Bruxelles : Édi­tions Lumen Vitae, 2013. – 155 p. – (Tra­jec­toires ; 25). 

Le scep­ti­cisme des reli­gions, dont le créa­tion­nisme est la mani­fes­ta­tion la plus actuelle, expri­mé à l’égard de ces sciences qui « bous­culent et inquiètent » ne doit pas ces­ser de nous inquié­ter. La contri­bu­tion de D. Lam­bert, consa­crée à une typo­lo­gie des rap­ports entre la phi­lo­so­phie et les sciences, sur­prend sur­tout par l’annonce de la pos­si­bi­li­té d’établir, entre les dis­cours scien­ti­fiques et théo­lo­giques, un lien de cohé­rence au niveau de leur struc­ture phi­lo­so­phique res­pec­tive, plu­tôt que de les arti­cu­ler par la média­tion d’un troi­sième dis­cours qui leur reste exté­rieur. Affaire à suivre donc ! Atten­tif à sou­li­gner éga­le­ment l’enjeu moral du créa­tion­nisme, J.-M. Bal­han nous offre une brève syn­thèse his­to­rique très réus­sie de sa ver­sion amé­ri­caine, avant de pour­suivre par une étude plus détaillée du créa­tion­nisme turc qui s’en est ins­pi­ré. Il fait remar­quer, avec jus­tesse, que la stra­té­gie des athées aus­si bien que celle des conser­va­teurs résulte d’une même inté­rio­ri­sa­tion de la concep­tion posi­ti­viste de la science et donc de la tra­gique igno­rance de sa véri­table por­tée. Adop­tant un point de vue réso­lu­ment his­to­rique, O. Per­ru retrace la récep­tion fran­çaise des théo­ries de l’évolution au XIXe siècle par des scien­ti­fiques (Flou­rens et Qua­tre­fages) et par des chré­tiens (Mgr d’Hulst et les congrès des savants catho­liques). Ces deux par­ties étant indé­pen­dantes, nous aurions aimé qu’il se consacre exclu­si­ve­ment à la seconde, puisqu’elle pré­sente l’intérêt de mettre en évi­dence les risques et les dif­fi­cul­tés des ten­ta­tives catho­liques d’appropriation de la nou­velle théo­rie, mais éga­le­ment l’opportunité de déve­lop­per, à cette occa­sion, une lec­ture renou­ve­lée des récits bibliques de la Créa­tion. Enfin, par une contri­bu­tion brève, mais par­ti­cu­liè­re­ment sug­ges­tive, Fr. Euvé nous invite à ne pas nous débar­ras­ser coûte que coûte de la soi‐disant contra­dic­tion entre sciences et théo­lo­gie, car ce serait se pri­ver d’une féconde « contra­rié­té dyna­mique » sus­cep­tible d’aider cha­cune des deux dis­ci­plines concer­nées à deve­nir plus authen­ti­que­ment ce qu’elles doivent être. À cet effet, il com­mente l’inspirante pro­po­si­tion de Jean‐Paul II selon laquelle « la science peut puri­fier la reli­gion de l’erreur et de la super­sti­tion ; la reli­gion peut puri­fier la science de l’idolâtrie et des faux abso­lus ». En oppo­si­tion à ce doute et à ce scep­ti­cisme résul­tant d’une atti­tude de méfiance, ce volume col­lec­tif s’achève donc heu­reu­se­ment par l’invitation faite aux reli­gions d’accompagner avec confiance, « une confiance certes cri­tique, mais une confiance quand même », l’aven­ture des sciences et de la raison.