Livre ana­ly­sé

Réfé­rences

Stof­fel (Jean‐François), Compte ren­du de R. Hal­leux, C. Opso­mer & J. Van­ders­mis­sen (éd.), « His­toire des sciences en Bel­gique de l’Antiquité à 1815 », in Revue des ques­tions scien­ti­fiques, vol. 171, 2000, n°1 – 2, pp. 175 – 176.

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Sous la direction scientifique de Ro­bert Halleux, Carmélia Opsomer et Jan Vandersmissen

Histoire des sciences en Belgique de l’Antiquité à 1815

His­toire des sciences en Bel­gique de l’Antiquité à 1815 / sous la direc­tion scien­ti­fique de Robert Hal­leux, Car­mé­lia Opso­mer et Jan Van­ders­mis­sen. – Bruxelles : Cré­dit Com­mu­nal, 1998. – 463 p.

« L’histoire est une, comme est une la culture et l’expérience des hommes », écrit avec beau­coup de jus­tesse le mécène qui a sou­te­nu la publi­ca­tion de ce somp­tueux volume, « il n’y a pas une his­toire poli­tique pour les poli­tiques, une his­toire des sciences pour les scien­ti­fiques, voire une his­toire éco­no­mique pour les ban­quiers. On ne peut seg­men­ter l’histoire sans l’appauvrir, pis, sans la rendre incom­pré­hen­sible… La Bel­gique s’enorgueil­lit à juste titre de son patri­moine artis­tique et monu­men­tal, et le conserve de façon exem­plaire. Elle peut être éga­le­ment fière de son patri­moine scien­ti­fique et tech­nique, mais tout est à faire pour sa pré­ser­va­tion » (p. 5). Com­prendre et pré­ser­ver, tels sont bien les deux objec­tifs qui animent cette entre­prise col­lec­tive remar­quable visant à retra­cer l’His­toire des sciences en Bel­gique de l’Antiquité à 1815.

Remar­quons tou­te­fois que les deux limites chro­no­lo­giques de ce titre peuvent prê­ter à réflexion. De l’Antiquité en effet, il ne sera pas direc­te­ment ques­tion, puisque ne sera évo­quée que la sur­vie de cet héri­tage antique dans le haut moyen âge, avant un deuxième cha­pitre d’ores et déjà consa­cré à l’école lotha­rin­gienne des XIe et XIIe siècles. De même, si la divi­sion de ce volume en trois grandes périodes (de l’Antiquité à la Renais­sance ; de Coper­nic à New­ton ; et du Siècle des Lumières à la fin de l’Ancien Régime) est par­fai­te­ment jus­ti­fiée, la date rete­nue pour clore ce pre­mier volume peut sur­prendre : elle ren­voie en réa­li­té à la fon­da­tion des uni­ver­si­tés d’État (1817) qui, par l’importance qu’il lui est ain­si don­née, sem­ble­rait dès lors mar­quer une cou­pure, voire une ouver­ture vers notre moder­nité. Certes, le temps qui rythme le pro­grès scien­ti­fique ne bat pas for­cé­ment à l’unisson avec celui qui scande les bou­le­ver­se­ments poli­tiques, mais s’agissant d’une his­toire des sciences en Bel­gique, l’année 1830 aurait sans doute pu s’imposer.

Pré­ci­sons éga­le­ment qu’en retra­çant l’histoire des sciences en Bel­gique, les édi­teurs n’entendent pas iden­ti­fier un « esprit scien­ti­fique belge », comme, au début de ce siècle, il était cou­rant d’opposer les esprits fran­çais, anglais et alle­mand. Pas davan­tage, veulent‐ils don­ner au concept de Bel­gique une por­tée que d’aucuns dénon­ce­ront comme anachro­nique et que tous recon­naî­tront comme non per­ti­nente pour les sciences. Consta­tant « que les savants de nos régions ont for­mé une com­mu­nau­té struc­tu­rée par les liens d’amitié, de cor­res­pon­dances, voire par les contro­verses et les conflits », ils ont sim­ple­ment esti­mé, à juste titre, qu’ils « méritent, de ce fait, d’être étu­diés ensemble » (p. 8).

Au fil des cha­pitres thé­ma­tiques (l’aristotélisme belge, la cos­mo­lo­gie, l’école lou­va­niste des construc­teurs d’instruments, l’œuvre des jésuites en Chine, la récep­tion du newtonia­nisme…) que viennent enca­drer des intro­duc­tions contex­tuelles atten­tives aux milieux et aux réseaux, le lec­teur pour­ra appro­fon­dir sa connais­sance de ces « belges » que l’histoire a rete­nu, en décou­vrir d’autres, et suivre les heures de gloire et de repli de la science dans nos contrées. Signa­lons enfin un inté­res­sant cha­pitre consa­cré à l’historiographie des sciences en Bel­gique, qui, bizar­re­ment, se trouve publié dès ce volume, mais en appen­dice. Il s’agit pour­tant d’un domaine où notre pays, à la char­nière des XIXe et XXe siècles, peut se pré­va­loir d’une cer­taine acti­vi­té, soit, direc­te­ment, par ses recherches propres (les­quelles sont étu­diées dans ce cha­pitre), soit, indi­rec­te­ment, par l’accueil et l’hospitalité qu’il réser­va aux savants étran­gers (son­geons au rôle déter­mi­nant joué par la pré­sente Revue.

Tous ceux qui s’intéressent à l’histoire des sciences et à celle de nos contrées se doivent de pos­sé­der ce magni­fique ouvrage à l’iconographie remar­quable qui, avec bon­heur et intel­li­gence, marque un pre­mier pas dans cette volon­té de com­prendre et de préserver.