Livre analysé
Références
Stoffel (Jean‐François), Compte rendu de M. Blay, « Relire “Des révolutions des orbes célestes” de Nicolas Copernic », in Revue des questions scientifiques, tome 190, 2019, n°1 – 2, pp. 207 – 209.
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Michel Blay
Des révolutions des orbes célestes
Blay (Michel), Relire « Des révolutions des orbes célestes » de Nicolas Copernic. – Paris ; Pékin ; Philadelphie : Nuvis éditions, 2017. – 150 p. – (Adverso fulmine).
Une deuxième hypothèse nous vient alors à l’esprit : si Michel Blay continue à recourir à l’édition de Koyré désormais inévitablement supplantée par celle des « Belles‐Lettres » n’est-ce pas parce qu’il a voulu conserver la mémoire de ce travail koyréen, certes aujourd’hui dépassé, mais qui, quatre‐vingts ans durant, a exercé une influence considérable, comme en atteste, par exemple, ses traductions en espagnol (Eudéba, 1965) et en italien (Torino, 1975) ? Voilà qui serait assurément parfaitement légitime, mais dans ce cas, Michel Blay n’aurait pas manqué de rééditer ce travail dans son intégralité (avec l’introduction et les notes du célèbre historien) et de lui adjoindre une préface destinée à le contextualiser. Comme ce n’est pas le cas, tel ne doit pas être non plus l’objectif qu’il s’est fixé.
En réalité, loin d’être centré sur le texte de Copernic, loin de proposer une nouvelle édition du travail de Koyré, cet ouvrage — nous le comprenons enfin ! — trouve sa raison d’être dans le texte liminaire de Michel Blay et vise, par ce texte, à mettre à la disposition d’un plus large public la thèse que cet auteur a déjà énoncée dans ses précédents ouvrages (Dieu, la nature et l’homme, Armand Colin, 2013, et Critique de l’histoire des sciences, CNRS éditions, 2017). Aussi, les cent pages occupées par le texte et la traduction du De revolutionibus n’ont-elles plus que le statut d’annexe à ce que nous avons compris être l’essentiel.
Synthétisons donc cette thèse, mais sans la commenter (nous le ferons dans la Revue d’histoire ecclésiastique *). Alors que le cosmos est appréhendé, dans le monde aristotélico‐médiéval, par deux approches souvent antagonistes, celle de la philosophe naturelle soucieuse de dire la vérité et la beauté du monde et celle de l’astronomie désireuse de « sauver les phénomènes », des savants antérieurs à Copernic (à savoir Peurbach et Albert de Brudzewo) tentent de concilier ces deux points de vue, malgré un géocentrisme persistant qui, par sa dichotomie entre monde sublunaire et monde supralunaire, maintient une séparation ontologique entre le sensible, associé au monde terrestre, et l’intelligible, identifié avec le monde céleste. Ce désir de conciliation, d’obédience néoplatonicienne, ne suffit pourtant pas à rendre compte du geste par lequel l’astronome polonais fait voler en éclat cette antique dichotomie en plaçant la Terre dans le ciel. Aussi faut‐il, pour comprendre le geste copernicien, recourir à une seconde influence : celle de la pensée chrétienne qui, non seulement, est particulièrement attentive à l’approche de la philosophie naturelle et à l’intelligible, puisque c’est, pour elle, une voie vers la reconnaissance d’un Dieu créateur, mais qui, en outre, est habituée à penser l’unité des contraires dans la mesure où c’est précisément ce qu’est venu opérer le Christ par son incarnation. Or que fait Copernic ? En considérant notre Terre comme parfaitement sphérique — ce qu’elle n’est évidemment pas ! —, il la soustrait à l’ordre du sensible pour l’associer à l’ordre intelligible du monde céleste, ce qui, d’ailleurs, le conduit à lui accorder un mouvement parfaitement circulaire de révolution. S’il peut ainsi allègrement réaliser ce qui était totalement impensable pour un penseur de l’Antiquité, à savoir mettre à bas l’opposition foncière entre mondes sensible et intelligible, c’est précisément parce que cette opposition avait déjà été ébranlée par l’incarnation du Christ. C’est toutefois avec la mécanisation et la mathématisation du monde opérée par Galilée, qui reviennent à traiter les cieux comme la Terre après que la Terre ait été rendue aux cieux, que s’instaure véritablement la vision du monde qui est encore la nôtre. À la question que porte en manchette ce livre, à savoir « Une révolution ou… un simple tournant ? », on comprend dès lors que Michel Blay opte résolument pour la première possibilité, étant bien entendu que ladite révolution a été opérée par Galilée et non par Copernic.
* L’étude, ici annoncée, est finalement parue dans la Revue des questions scientifiques : « L’origine chrétienne de la science moderne » : sources d’inspiration, réception et évaluation de ce texte d’Alexandre Kojève à l’occasion de sa récente réédition (vol. 192, 2021, n°3 – 4, pp. 347 – 384).
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