Conçue comme un hommage posthume au chanoine Roger Aubert qui consacra une trentaine de publications au « grand cardinal », cette édition annotée des 56 lettres conservées aux Archives de la Secrétairerie d’État du Vatican dans un dossier qui, jusqu’ici, avait échappé à la sagacité des chercheurs, éclaire la difficile fondation, en 1889, de l’Institut supérieur de philosophie (ISP) de l’Université catholique de Louvain par Désiré Mercier, cette figure emblématique du courant néo‐scolastique progressiste. D’une lecture souvent savoureuse, elle permet de mieux prendre conscience, avec le détachement que confère le recul historique, des difficultés rencontrées en interne — l’inertie initiale des évêques belges ; « l’opposition sourde » du recteur Abbeloos qui voit d’un mauvais œil l’autonomie dont jouit le nouvel Institut ; le peu d’intérêt marqué pour la philosophie alors que « l’école de brasserie et de laiterie » retient, elle, toute l’attention… — et en externe — la tentative romaine d’imposition du latin, et non du français, comme langue d’enseignement contre laquelle Mercier résista farouchement pour ne pas perdre les étudiants laïques —, ainsi que toutes ces petites considérations humaines qui accompagnent inévitablement la réalisation d’un grand projet — l’embarras des voyages à Rome dont on revient les mains vides et qui sont interprétés comme autant de désaveux ; la méfiance des évêques envers les Jésuites, dont le R.P. L. De San fait les frais ; les titres de « Comte romain » qu’on « achète » en finançant une chaire du nouvel Institut… Au‐delà des spécialistes de l’histoire de l’ISP et de la figure de Mercier (dont il est maintenant établi qu’il n’hésita pas à recourir régulièrement à Léon XIII), cette publication est également susceptible d’intéresser les historiens de la vie intellectuelle belge de cette époque : on y découvre notamment toute l’estime de D. Mercier pour le mathématicien Paul Mansion, présenté comme un lecteur assidu de la Somme de l’Aquinate et de la Physique d’Aristote, auquel il songeait de confier les cours de sciences du monde inorganique et, à l’inverse, les difficultés imprévues et pour le moins importantes rencontrées par le fondateur avec l’abbé Henri de Dorlodot (qu’on a pu redécouvrir, en 2009, grâce à D. Lambert et à M.-Cl. Groessens‐Van Dyck). Après l’histoire, toujours classique, de l’ISP par L. De Raeymaeker (1952), le recueil des publications de R. Aubert sur D. Mercier (1994), la monographie de D. A. Boileau (1996) et le récent inventaire des archives de l’ISP par Fr. Mirguet et Fr. Hiraux (2008), voici donc une nouvelle pièce à verser au dossier, non sans avoir au préalable remercié L. Courtois et M. Jačov pour la qualité de leur travail.