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William Shea
Ce que Galilée dit à Milton
Dialogue entre le savant et le poète
Shea (William René), Ce que Galilée dit à Milton : dialogue entre le savant et le poète. – Paris : Les Belles Lettres ; Montréal : Éditions Liber, 2021. – 102 p. – 1 vol. broché de 15 × 20 cm. – 17,00 €. – isbn 978−2−251−45230−2.
Prenant prétexte de la visite que réserva le jeune Milton à Galilée, l’auteur nous présente tout d’abord les deux interlocuteurs : une petite trentaine de pages pour l’illustre Florentin ; cinq pour celui qui allait passer à la postérité comme l’immortel auteur du Paradis perdu. Sur plus d’une cinquantaine de pages, il imagine alors le dialogue qui, à cette occasion, a été le leur. Mieux, comme l’indique parfaitement le titre, il conçoit « ce que Galilée dit à Milton » — et, avouons‐le, qu’il aurait pu tout aussi bien dire à peu près à n’importe qui ! Et voilà donc le vieil homme occuper à parler de ses obligations familiales et professionnelles, de son goût pour le bon vin, de ses inventions techniques, du confinement qu’il a subi à cause de la peste, des horoscopes qu’il a dressés, de la chute des corps, de ses préférences artistiques et, inévitablement, de son procès… Au terme de cette conversation impromptue, c’est donc tout Galilée, et même un peu plus, qui a été présenté au lecteur, de sorte que celui‐ci est capable de s’en faire une image aussi complète qu’intime. C’est la même impression qu’avait suscitée naguère en nous la lecture de la Vita e opere di Galileo Galilei de Pio Paschini3, à ce détail près que ce dernier ouvrage fait plus de 700 pages alors que celui dont nous parlons en fait moins d’une centaine !
Pour la forme, un petit détail ! Dans la phrase suivante, « La Bible a été dictée par le Saint‐Esprit et la science est “l’exécutrice très fidèle des ordres de Dieu” » (p. 27), le mot « science » serait avantageusement remplacé, conformément au texte original4, par celui de « nature ». En effet, c’est parce que le livre de la nature, dans son existence et dans son contenu, est radicalement indépendant de toute intervention humaine — contrairement à ceux de la Bible et de la science — qu’il fut jugé, par certains, particulièrement digne de retenir leur attention. Mettre en parallèle la Bible et la science (et non la nature), c’est donc gommer une différence remarquée.
Écrit par un spécialiste dont nous rappellerons seulement que son Galileo’s Intellectual Revolution : Middle Period 1610 – 1630 paru en 1977 — ce que l’on voudra bien mettre en relation avec le parcours professionnel que nous évoquions tout à l’heure —, cet ouvrage brille par une écriture accessible, dont les spécialistes apprécieront toutefois la précision ; par de petits détails suggestifs et peu connus, que seule la familiarité de toute une vie peut fournir ; par un esprit de synthèse, qui ne sacrifie jamais la complexité des problèmes abordés ; et même par un beau sens de la formule5. Un livre, donc, qui constitue la promesse d’une belle soirée !
1 Expression utilisée par Alexandre Koyré à propos d’Anneliese Maïer. Cf. Koyré, A. (1951). Compte rendu d’Anneliese Maïer : « Die Vörläufer Galileis im 14. Jahrhundert : Studien zur Naturphilosophie der Spätscholastic » (1949). Archives internationales d’histoire des sciences, 4(16), 769 – 783. Ici, p. 770. Pour désigner la méthode historique koyréenne, Herbert Spiegelberg parlait lui d’« empathic understanding ». Cf. Spiegelberg, H. (1982). The Phenomenological Movement : A Historical Introduction (with the collaboration of K. Schuhmann ; third revised and enlarged edition). (Phaenomenologica ; 5 – 6). The Hague ; Boston ; London : Martinus Nijhoff publishers. Ici, p. 239.
2 On n’y trouve pas l’ouvrage de référence sur Milton et la révolution scientifique, à savoir : Danielson, D. R. (2014). « Paradise Lost » and the Cosmological Revolution. New York : Cambridge University Press.
3 Paschini, P. (1965). Vita e opere di Galileo Galilei (2e edizione corretta / prefazione di M. Maccarrone ; nota bibliografica di E. Lamalle). Roma : Casa editrice Herder.
4 Lettre de Galilée à Benedetto Castelli du 21 décembre 1613, p. 282, dans Galilei, G. (1895). Le opere di Galileo Galilei, vol. 5 (direttore : A. Favaro), Firenze : Tipografia di G. Barbèra. Il s’agit bien sûr d’une distraction comme en témoigne l’utilisation, en d’autres endroits, du terme adéquat (p. 44 et p. 78).
5 Par exemple, p. 20 (pour les satellites de Jupiter) ou p. 36 (pour l’« affaire » Galilée).
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