Livre ana­ly­sé

Réfé­rences

Stof­fel (Jean‐François), Compte ren­du de Fr. Mies (éd.), « Bible et sciences : déchif­frer l’univers », in Revue des ques­tions scien­ti­fiques, vol. 174, 2003, n°4, pp. 436 – 437.

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Édité par Françoise Mies

Bible et sciences

Déchiffrer l’univers

Bible et sciences : déchif­frer l’univers / édi­té par Fran­çoise Mies. – Bruxelles : Édi­tions Les­sius ; Namur : Presses uni­ver­si­taires de Namur, 2002. – 199 p. – (Connaître et croire ; 8. Le livre et le rou­leau ; 15).

S’inscrivant dans une série d’ouvrages dont le pro­pos est de « refu­ser de mettre l’Écri­ture hors jeu dans le débat intel­lec­tuel et de nouer un dia­logue qui res­pecte la spécifi­cité des démarches et des dis­cours » (p. 6), ce nou­veau volume tente plus spé­ci­fi­que­ment de contrer cet « oubli du cos­mos » qui semble par­fois s’imposer en théo­lo­gie, mais en se pré­servant aus­si bien du dis­cor­disme que du concor­disme.

Accor­dant que la Bible ne com­porte aucun écrit à conte­nu pro­pre­ment scien­ti­fique, Jacques Tru­blet (La science dans la Bible : méthode et résul­tats) tente d’établir qu’elle offre en revanche les linéa­ments d’une méthode scien­ti­fique, en l’occurrence une cer­taine ma­nière d’ordonner le savoir qui est aus­si une cer­taine façon d’organiser le réel. Dési­reux d’établir la spé­ci­fi­ci­té de l’approche biblique en ce domaine, l’Auteur dénonce tout d’abord l’insuffisance des expli­ca­tions recou­rant aux influences de l’Égypte et de la Méso­po­ta­mie lorsqu’il s’agit de rendre plei­ne­ment rai­son de la spé­ci­fi­ci­té des nomen­cla­tures bibliques. De manière alter­na­tive, il pro­pose ensuite un modèle d’interprétation selon lequel la mé­thode d’observation et de clas­si­fi­ca­tion des Hébreux repose sur la convic­tion qu’il existe un ordre du monde, convic­tion à laquelle vien­dra bien­tôt s’ajouter la recon­nais­sance de la rela­tive auto­no­mie de cet ordre du monde. Se trou­ve­rait ain­si réa­li­sé la mise au jour d’un « dis­cours de la méthode » (p. 58), non seule­ment com­pa­tible avec la foi d’Israël mais encore sou­te­nu par elle.

Étu­diant de manière très per­ti­nente Les repré­sen­ta­tions du cos­mos dans la Bible hé­braïque, Jacques Ver­mey­len nous invite à prendre conscience de la diver­si­té de ces repré­sen­tations, mais aus­si de leur ori­gi­na­li­té. L’évocation, en contre­point, des visions du monde du Proche‐Orient ancien per­met en effet de faire res­sor­tir la spé­ci­fi­ci­té des repré­sentations bibliques : suite à l’instauration du mono­théisme, elles désa­cra­lisent les objets célestes ; suite à l’établissement du monde ter­restre sous l’autorité de l’homme, elles af­firment l’autonomie (mais non l’indépendance) du monde créé. Après avoir expo­sé la co­hérence des topo­gra­phies ver­ti­cale (haut‐bas), hori­zon­tale (centre‐périphérie) et tempo­relle (temps sacré‐temps pro­fane) de ces repré­sen­ta­tions, l’Auteur pré­sente plus avant la Créa­tion comme une mise en ordre hié­rar­chique du chaos ini­tial. Cet ordre du monde est alors appré­hen­dé dans ses aspects poli­tiques, juri­diques (l’instauration de la Loi) et éthiques, avant que ne soient briè­ve­ment rap­pe­lées les contes­ta­tions de cet ordre cos­mique dont la Bible fait éga­le­ment état.

Dans un article remar­quable, Domi­nique Lam­bert étu­die, avec finesse et sens cri­tique, les rap­ports entre Teil­hard et la Bible. L’examen de ces rap­ports est l’occasion pour l’Au­teur de rap­pe­ler fort à pro­pos que l’émergence de nou­velles théo­ries scien­ti­fiques peut être l’occasion d’appréhender de manière ori­gi­nale cer­tains textes bibliques ou cer­tains domaines de la théo­lo­gie. Il est ain­si mani­feste que la prise en compte du carac­tère évolu­tif de l’univers, de la vie et de l’humanité révé­lé par la science contem­po­raine a per­mis à Teil­hard d’adopter un regard par­ti­cu­lier que n’autorisait guère le fixisme de la cos­mo­lo­gie aristotélico‐médiévale. Prendre pour point de départ d’une exé­gèse ou d’une théo­lo­gie spécula­tive une phi­lo­so­phie de la nature qui s’est atta­ché à inté­grer les don­nées les plus récentes des sciences natu­relles peut donc s’avérer par­ti­cu­liè­re­ment heu­reux. En re­vanche, vou­loir faire de cet angle d’attaque un point de départ exclu­sif risque de conduire à des interpré­tations mal­heu­reuses. Il ne faut donc ni oublier le cos­mos (tel qu’il est révé­lé par la science du jour) ni s’y sou­mettre aveu­glé­ment.

Men­tion­nons enfin que ce volume com­prend éga­le­ment deux contri­bu­tions sugges­tives : L’imaginaire biblique des scien­ti­fiques par Fran­çois Euvé et « Le Soleil s’arrête à Ga­baon » : inter­pré­ta­tions de la Bible et avan­cée des sciences par Pierre‐Maurice Bogaert.