Livre ana­ly­sé

Réfé­rences

Stof­fel (Jean‐François), Compte ren­du de A. Thayse, « Science, foi, reli­gions : irré­duc­tible anta­go­nisme ou ratio­na­li­tés dif­fé­rentes ?», in Revue des ques­tions scien­ti­fiques, tome 190, 2019, n°3 – 4, p. 472. 

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André Thayse

Science, foi, religions

Irréductible antagonisme ou rationalités différentes ?

Thayse (André), Science, foi, reli­gions : irré­duc­tible anta­go­nisme ou ratio­na­li­tés dif­fé­rentes ? / avec la col­la­bo­ra­tion de Marie‐Hélène Thayse‐Foubert ; pré­face de Jacques Nei­rynck. – Louvain‐la‐Neuve : Academia‑L’Harmattan, 2016. – 162 p. – (Sciences et enjeux ; 7).

Cet ouvrage, dont les deux membres de l’alternative don­née en sous‐titre ren­voient res­pec­ti­ve­ment aux points de vue de Jean Bric­mont et d’Henri Atlan, est com­po­sé de deux par­ties tota­le­ment indé­pen­dantes : l’une, inti­tu­lée « Science et foi », plaide pour l’ouverture des sciences exactes aux autres formes de pen­sée dès lors que la démarche scien­ti­fique ne suf­fit pas à épui­ser le réel ; l’autre, titrée « Évan­gile et reli­gion », opère une confron­ta­tion (plus courte) entre les textes fon­da­teurs du chris­tia­nisme et la reli­gion chré­tienne. C’est bien sûr la pre­mière qui retien­dra exclu­si­ve­ment notre attention.

Tri­bu­taire de l’interprétation de la méca­nique quan­tique déli­vrée par Ber­nard d’Espagnat qui consti­tue son unique point de réfé­rence en la matière1, par­ti­san de ce qui est en réa­li­té une concep­tion phé­no­mé­na­liste de la science, adepte de la dis­tinc­tion entre une « réa­li­té empi­rique » et une « réa­li­té en soi » inac­ces­sible à la démons­tra­tion scien­ti­fique, mais dont l’existence est hau­te­ment pro­bable, l’auteur cherche à mon­trer ou du moins à sug­gé­rer : 1°) que cette dis­tinc­tion est per­ti­nente ; 2°) que le dévoi­le­ment de cette réa­li­té en soi n’est que par­tiel­le­ment opé­ré par la science (seule­ment sus­cep­tible de nous dire ce qu’elle n’est pas), de sorte qu’il convient de faire appel à des ratio­na­li­tés dif­fé­rentes pour pour­suivre ce dévoi­le­ment ; 3°) que cette réa­li­té en soi, située hors de l’espace et du temps, cause de tout ce qui existe dans la réa­li­té empi­rique et indé­pen­dante de notre exis­tence, peut être mise, par ses carac­té­ris­tiques, dans une rela­tion d’analogie avec le Dieu des chré­tiens ; 4°) qu’à la dis­tinc­tion « scien­ti­fique » entre réa­li­té empi­rique et réa­li­té en soi cor­res­pond la dis­tinc­tion reli­gieuse entre « Dieu de notre côté » et « Dieu de son propre côté ».

S’il paraî­tra à cer­tains sug­ges­tif et s’il a le mérite d’aborder des ques­tions extrê­me­ment pro­fondes et déli­cates, cet ouvrage, qui avec sin­cé­ri­té mais sans doute naï­ve­té met tous ses espoirs dans la méca­nique quan­tique, semble mécon­naître à quel point il est dan­ge­reux de se rendre tri­bu­taire d’une théo­rie scien­ti­fique, néces­sai­re­ment pas­sa­gère, et à quel point il est impor­tant non seule­ment de maî­tri­ser en pro­fon­deur les sciences, la phi­lo­so­phie et la théo­lo­gie, mais encore d’avoir inten­sé­ment réflé­chi à la manière de les articuler. 

1 En l’occurrence ses ouvrages Un atome de sagesse : pro­pos d’un phy­si­cien sur le réel voi­lé (1982), Le réel voi­lé : ana­lyse des concepts quan­tiques (1994) et enfin Trai­té de phy­sique et de phi­lo­so­phie (2002), aux­quels vient s’ajouter Regards sur la matière : des quan­ta et des choses écrit en col­la­bo­ra­tion avec Étienne Klein.