Livre ana­ly­sé

Réfé­rences

Stof­fel (Jean‐François), Compte ren­du de Fr. Mies (éd.), « Bible et sciences : déchif­frer l’univers », in Revue d’histoire ecclé­sias­tique, vol. 99, 2004, n°2, pp. 439 – 440.

Télé­char­ge­ment

Édité par Françoise Mies

Bible et sciences

Déchiffrer l’univers

Bible et sciences : déchif­frer l’univers / édi­té par Fran­çoise Mies. – Bruxelles : Édi­tions Les­sius ; Namur : Presses uni­ver­si­taires de Namur, 2002. – 199 p. – (Connaître et croire ; 8. Le livre et le rou­leau ; 15).

S’inscrivant dans une série d’ouvrages (Bible et lit­té­ra­ture en 1999, Bible et his­toire en 2000 et Bible et droit en 2001) dont le pro­pos est de « refu­ser de mettre l’Écriture hors‐jeu dans le débat intel­lec­tuel et de nouer un dia­logue qui res­pecte la spé­ci­fi­ci­té des dé­marches et des dis­cours » (p. 6), ce nou­veau volume tente plus spé­ci­fi­que­ment de contrer cet « oubli du cos­mos » qui semble par­fois s’imposer en théo­lo­gie, mais en se pré­ser­vant aus­si bien du dis­cor­disme que du concordisme.

Accor­dant bien évi­dem­ment que la Bible ne com­porte aucun écrit à conte­nu propre­ment scien­ti­fique, Jacques Tru­blet (La science dans la Bible : méthode et résul­tats) tente d’établir qu’elle offre en revanche, sur­tout dans la tra­di­tion sapien­tiale, les linéa­ments d’une méthode scien­ti­fique, en l’occurrence une cer­taine manière d’ordonner le savoir (taxi­no­mie) qui est aus­si une cer­taine façon d’organiser le réel. Dési­reux d’établir la spé­cificité de l’approche biblique en ce domaine, l’Auteur dresse d’abord un état de la ques­tion (Albrecht Alt, Geh­rard von Rad et Michael Fox) au terme duquel il dénonce l’insuffi­sance des expli­ca­tions recou­rant aux influences de l’Égypte et de la Méso­po­ta­mie lorsqu’il s’agit de rendre plei­ne­ment rai­son de la spé­ci­fi­ci­té des nomen­cla­tures bibliques. De ma­nière alter­na­tive, J. Tru­blet pro­pose ensuite un modèle d’interprétation selon lequel la méthode d’observation et de clas­si­fi­ca­tion des Hébreux repose sur la convic­tion qu’il existe un ordre du monde (mais qui ne se laisse appré­hen­der que glo­ba­le­ment), convic­tion à laquelle vien­dra bien­tôt s’ajouter la recon­nais­sance de la rela­tive auto­no­mie de cet ordre du monde. La mise au jour d’un « dis­cours de la méthode » (p. 58), non seule­ment com­pa­tible avec la foi d’Israël mais encore sou­te­nu par elle, se pré­sente ain­si comme le démen­ti de cette soi‐disant incom­pa­ti­bi­li­té entre science et reli­gion que pou­vait tout d’abord sug­gé­rer l’absence, dans la Bible, de toute don­née scien­ti­fique ou technique.

Étu­diant de manière très per­ti­nente Les repré­sen­ta­tions du cos­mos dans la Bible hé­braïque, Jacques Ver­mey­len nous invite à prendre conscience de la diver­si­té de ces repré­sentations, mais aus­si de leur ori­gi­na­li­té. L’évocation, en contre­point, des visions du monde du Proche‐Orient ancien per­met en effet de faire res­sor­tir la spé­ci­fi­ci­té des repré­sentations bibliques : suite à l’instauration du mono­théisme, elles désa­cra­lisent les objets célestes ; suite à l’établissement du monde ter­restre sous l’autorité de l’homme, elles af­firment l’autonomie (mais non l’indépendance) du monde créé. Après avoir expo­sé la co­hérence des topo­gra­phies ver­ti­cale (haut‐bas), hori­zon­tale (centre‐périphérie) et tempo­relle (temps sacré‐temps pro­fane) de ces repré­sen­ta­tions, l’Auteur pré­sente plus avant la Créa­tion comme une mise en ordre hié­rar­chique (Dieu, les corps célestes, l’homme et en­fin les bêtes) du chaos ini­tial. Cet ordre du monde est alors appré­hen­dé dans ses aspects poli­tiques, juri­diques (l’instauration de la Loi) et éthiques, avant que ne soient briè­ve­ment rap­pe­lées les contes­ta­tions de cet ordre cos­mique dont la Bible fait éga­le­ment état.

Dans un article remar­quable, Domi­nique Lam­bert étu­die, avec finesse et sens cri­tique, les rap­ports entre Teil­hard et la Bible. L’examen de ces rap­ports est l’occasion pour l’Au­teur de rap­pe­ler fort à pro­pos que l’émergence de nou­velles théo­ries scien­ti­fiques peut être l’occasion d’appréhender de manière ori­gi­nale cer­tains textes bibliques et cer­tains domaines de la théo­lo­gie, sans que ces nou­velles théo­ries ne puis­sent tou­te­fois consti­tuer un point d’ancrage adé­quat pour une (ré)vision d’ensemble de la Bible ou de la théo­lo­gie. Il est en effet mani­feste que la prise en compte du carac­tère évo­lu­tif de l’univers, de la vie et de l’humanité révé­lé par la science contem­po­raine a per­mis à Teil­hard de jeter, sur maints textes bibliques et sur la théo­lo­gie de la créa­tion, un regard par­ti­cu­lier que n’auto­risait guère le fixisme de la cos­mo­lo­gie aristotélico‐médiévale. Riche de cette nou­velle ap­proche, Teil­hard a notam­ment pu per­ce­voir, au sein de la Révé­la­tion biblique, des cohé­rences dis­si­mu­lées ou à tout le moins oubliées : la Créa­tion est à pen­ser en lien avec l’In­carnation et dans une pers­pec­tive escha­to­lo­gique. Prendre pour point de départ d’une exé­gèse ou d’une théo­lo­gie spé­cu­la­tive une phi­lo­so­phie de la nature qui s’est atta­ché à inté­grer les don­nées les plus récentes des sciences natu­relles peut donc s’avérer particu­lièrement heu­reux. En revanche, vou­loir faire de cet angle d’attaque un point de départ exclu­sif risque de conduire à des inter­pré­ta­tions mal­heu­reuses ou exa­gé­rées du texte bi­blique (son­geons à la concep­tion teil­har­dienne du mal). Il ne faut donc ni oublier le cos­mos (tel qu’il est révé­lé par la science du jour) ni s’y sou­mettre aveuglément.

Men­tion­nons enfin que ce volume com­prend éga­le­ment deux contri­bu­tions sugges­tives. Par­cou­rant L’imaginaire biblique des scien­ti­fiques, Fran­çois Euvé s’attache à déce­ler les images de Dieu sous‐jacentes aux hommes de sciences (par exemple le « Grand horlo­ger » carac­té­ris­tique des adeptes du déter­mi­nisme strict), avant d’examiner les causes (notam­ment his­to­riques) de l’écart qui s’est ain­si ins­ti­tué entre le « Dieu des philo­sophes » et celui de l’Incarnation. Évo­quant l’« affaire Gali­lée », les pro­blèmes de chrono­logie, ou encore l’évolution de l’exégèse biblique, Pierre‐Maurice Bogaert publie « Le Soleil s’arrête à Gabaon » : inter­pré­ta­tions de la Bible et avan­cée des sciences.